Interviews
Christian Louis-Victor : la maison neuve représente 6 logements neufs sur 10
Edition du 03/11/2011
Christian Louis-Victor, président de l’Union des Maisons Françaises, l’UMF
Christian Louis-Victor, président de l'UMF, l'Union des Maisons Françaises qui réunit 75 % du marché de la construction neuve, revient sur les perspectives du marché de la maison neuve pour les mois à venir.
Quel premier bilan tirez-vous de l’année 2011 qui se termine pour le marché de la construction de maisons neuves ?
« Après une année 2010 excellente commercialement, la production en 2011 reste à un très bon niveau puisqu’une maison commandée en janvier 2010 ne sera livrée qu’un an et demi plus tard à peu près. En revanche, l’année 2011 est marquée par un tassement de la commercialisation, - 7 % à fin septembre par rapport à 2010, toutes régions confondues. - 7 % pour le secteur de la maison neuve, quand la promotion immobilière en collectif a perdu elle 30 % cette année. Pour nous, c’est finalement un retour à la moyenne supérieure des 10 dernières années. »
Qu’est ce qui explique les fortes disparités selon les régions ?
« Pendant une dizaine d’années, c’est le grand Ouest, du Sud de la Normandie jusqu’au Midi-Pyrénées qui a tiré le marché. Les régions Bretagne et Pays de la Loire représentaient des hausses de 10 à 15 % chaque année. Aujourd’hui, comme dans un escalier, il faut des paliers pour souffler et reprendre son souffle. Il faut espérer que ce n’est qu’une pause car le marché de la construction de maison neuve est loin d’y être saturée. Dans le même temps, ce sont du coup les régions du Nord Est de la France jusqu’à Rhône-Alpes et même l’Auvergne qui retrouvent de la vigueur et de la croissance, permettant de limiter la baisse au niveau national. Le marché de la maison neuve outre-mer est lui assez stable, - 6 % depuis le début de l’année. »
Quelles sont vos perspectives pour 2012 ? Ces forts contrastes selon les régions sont-ils le début du retournement du marché ?
« Selon moi, c’est une simple pause pour le moment. On pourrait aller vers un tassement général si les aides de l’Etat n’encouragent pas davantage le logement neuf. En 2010, la loi TEPA et les moyens financiers mis en œuvre ont permis de booster le marché de la construction neuve avec des avantages cumulatifs jamais égalés par le passé, d’où cette année 2010 exceptionnelle commercialement parlant. En 2011, ces effets cumulatifs ont été subitement supprimés et il faudra pour 2012 que les candidats à la présidentielle apportent des réponses précises et cohérentes dans une conjoncture qu’on sait difficile. Il faudra faire des réponses autres que demain, on verra ; demain, on rase gratis. Il va falloir dépenser moins, mais dépenser mieux. »
Justement, quelles sont les solutions apportées par l’UMF au futur président ?
« Nous allons prochainement rencontrer chaque candidat déclaré et insister notamment sur l’arrêt de la discrimination par le zonage du
PTZ+ qui pénalise les classes moyennes.
Le marché de la maison neuve représente 60 % des logements neufs construits et 80 % des accessions à la propriété en France, or ce dispositif d’aide à l’accession des primo-accédants repose sur un maillage fait pour les investissements locatifs en collectif, donc en centre-ville. Il ne convient pas à l’accession à la propriété en maison, puisque les zones B2 et C sont en périphérie des villes, là où l’on construit les maisons neuves.
Exemple avec la périphérie de Clermont-Ferrand, le prix moyen d’une parcelle est de 100 000 € quand elle est de 40 000 € à Vichy et ces deux secteurs sont en zone C ; la pression sur le foncier y est pourtant très différente. 52 % de l’accroissement démographique se fait dans ces zones B2 et C et elles sont moins aidées par le PTZ +.
Autre point, le PTZ + est sans conditions de ressources. Même Liliane Betancourt pourrait aujourd’hui en profiter pour acheter sa résidence principale ! Si on a moins d’argent à distribuer, alors, il faut privilégier les classes moyennes et leur solvabilité.
L’UMF a pour slogan des constructeurs responsables ; pourtant, le taux de maisons neuves répondant aux normes BBC n’est que de 17 % en 2011, comment l’expliquez-vous ?
« Là aussi, le PTZ + n’est pas adapté. Dans l’ancien, l’obtention du prêt est sans obligation de travaux. Même si l’achat dans le neuf BBC est bonifié, il ne compense pas assez le coût de construction supplémentaire. Malgré des constructeurs boostés par des concours, des visites de chantiers innovants, ce sont les clients qui ne veulent pas de la norme BBC quand la RT 2005 leur permet d’être déjà très bien isolés. On a atteint jusqu’à 30 % de constructions de maisons neuves en BBC et là, avec le PTZ +, le taux est redescendu à 17 .5 % depuis le début de l’année. Et en 2013, il n’y aura plus d’aides bonifiées puisque ce sera la norme avec l’application de la RT 2012. En résumé, il y a de nombreux points à revoir pour favoriser l’accession à la propriété des ménages. »
L'UMF - Union des Maisons Françaises en brefSyndicat professionnel de la construction de maisons individuelles, il compte aujourd’hui dans 19 délégations régionales près de 600 marques adhérentes, soit 55 % du marché français de maisons individuelles en diffus ou en village. Créé en 1961 pour fédérer les différents acteurs du secteur sous le nom de SMI, ce syndicat a ensuite été baptisé Union Nationale des Constructeurs de Maison Individuelle avant de se nommer récemment l’Union des Maisons Françaises.
Objectif des constructeurs adhérents : offrir toujours plus de fiabilité à ceux qui veulent faire construire leur maison neuve.
L’UMF est présidée depuis 1988 par Christian Louis-Victor, réélu en 2009 pour un mandat de 3 ans. Christian Louis-Victor est également le président fondateur de la Cegi, Compagnie européenne des garanties et de cautions.
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