Interviews
Lionel Carli : architecte, c'est faire transpirer le mètre carré pour le rendre le plus utile possible
Edition du 16/01/2012
Lionel Carli, président du Conseil National de l'Ordre des Architectes.
© Christophe Demonfaucon
Elu président du conseil national de l’Ordre des Architectes en novembre 2010, Lionel Carli évoque l’intérêt de choisir un architecte pour construire sa maison, notamment en ces temps où les budgets se resserrent.
Avant d’aborder la construction de maison d’architecte en général, revenons sur la nouvelle possibilité d’agrandir sa maison jusqu’à 40 m² sans permis de construire, contre 20 m² auparavant, pourquoi les architectes se sont fait entendre ?
« Nous nous sommes mobilisés pour connaître les intentions du secrétaire d’Etat au Logement qui voulait en fait avec cette mesure mettre très rapidement des programmes d’agrandissement en cours tout en minimisant les coûts. En effet, le dépôt d’une simple déclaration préalable de travaux en mairie représente un dossier moins lourd qu’un dépôt de permis de construire. Nous pouvons être favorables à cette mesure de simplification mais pas sans que la qualité architecturale soit délaissée. L’Etat veut reconstruire la ville sur la ville, reconquérir du territoire et ce sont finalement les élus locaux qui vont devoir gérer cela au cas par cas, alors qu’ils n’ont pas forcément les structures adéquates pour. On sait que l’on va vers plus de contentieux au quotidien avec cette mesure. Nous aurions préféré par exemple que l’on regarde véritablement le foncier pour autoriser davantage de droit à construire dès le départ dans les lotissements plutôt que d’autoriser maintenant ces solutions d’extension. »
D’autres propositions sont étudiées par le CNOA en vue des élections présidentielles ?
« Nous avons tenu en décembre une convention pour le droit à l’architecture afin de réfléchir à une plate-forme de revendications que nous présenterons aux futurs candidats. On pourrait notamment demander que le seuil de recours obligatoire à un architecte au-dessous de 170 m² de surface soit abaissé, si on considère que l’architecture fait partie de l’intérêt général. Il faut rappeler que le recours est obligatoire en France pour toute construction et qu’il existe des dérogations en dessous de 170 m², loi de 1977. Faire machine arrière aujourd’hui en France serait quasiment impossible, même si c’est le cas dans de nombreux pays européens. On peut imaginer que le recours à un architecte soit vraiment obligatoire dans 10 ou 15 ans. »
Comment l’ordre des architectes perçoit ce début d’année 2012 ? Quel est le ressenti des architectes pour le marché de la construction de maisons, notamment ?
« Nous réalisons une enquête de fond auprès des architectes tous les trois ans et justement cette année, nous avons noté que parmi les plus de 50 % des architectes qui travaillent sur de la maison individuelle, un tassement se produit. Contrairement à 2008 où les banques avaient freiné des dossiers ou des clients avaient tout stoppé, les opérations en cours se poursuivent. Comme la construction de maison va de pair avec l’économie : la hausse du chômage, les changements de fiscalité… font que l’on peut craindre pour la fin de l’année 2012 et surtout pour 2013. Il y a de la frilosité à venir. »
Justement, en cette période qui s’annonce plus tendue, quels sont les atouts des architectes dans la construction de maisons individuelles ?
« Les architectes font dépenser l’euro le mieux possible. Ils sont les garants économique, esthétique et technique des opérations de nouvelles constructions. L’architecte aide le maître d’ouvrage, le client dans la conception de son projet, un projet adapté à sa demande, qui correspond à ses besoins. C’est donc différent d’une maison de constructeurs, une maison sur catalogue. Notre mission : faire transpirer le mètre carré pour qu’il soit le plus utile possible, notamment pour l’adaptation sur le terrain. D’ailleurs, on conseille à nos clients de venir nous solliciter en amont, dès le choix du terrain afin de penser un projet bien inséré dans le site. Réfléchir aux coûts d’investissement thermique dès le choix du terrain, c’est une plus-value énorme pour le projet final.
Ensuite, l’architecte soutient le maître d’ouvrage dans la consultation des entreprises, dans le respect des matériaux sur le chantier. On vérifie que l’argent soit dépensé correctement. Nous sommes le bras armé du client en toute transparence car un contrat nous lie. »
Existe-t-il une sensibilisation particulière du conseil de l’ordre vers une construction plus durable ?
« Nous n’avons pas attendu le Grenelle de l’Environnement ou la mode du durable pour construire durable. Réfléchir au bon choix du terrain avant d’y construire une maison, c’est du développement durable très en amont. Si on parle aujourd’hui de mur trombe, de solaire passif, de maison bioclimatique, c’est que certains ont oublié que l’on construisait comme cela dans les années 70, avant les années où l’énergie n’était pas chère. On a voulu construire moins cher sans penser aux conséquences et aux dépenses de fonctionnement dans le futur.
Alors, aujourd’hui, on insiste sur l’usage du bâtiment auprès des clients, on renforce la compétence des architectes, notamment par des actions de formation et un enseignement spécifique sur les économies d’énergies pour encore amplifier l’atout des architectes en matière de construction. »
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