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Jacques Chanut, FFB : « Nous ne pouvons lutter contre la fracture territoriale sans PTZ en zone détendue »

Jacques Chanut, président FFB
Le président de la Fédération du Bâtiment, Jacques Chanut, était présent au séminaire technique des Constructeurs Aménageurs, LCA-FFB, à Athènes. © FFB / Ph. Bauduin

Tags : Immobilier neuf, construction, FFB, Jacques Chanut, PTZ, loi Pinel, Julien Denormandie


Alors que la loi ÉLAN a été promulguée durant le weekend, le président de la FFB, Jacques Chanut, a évoqué, pour nous, lors du séminaire technique de LCA-FFB à Athènes, le marché du BTP et du logement neuf qui entre, comme annoncé, dans une période de tassement ; le tout dans un contexte de fracture territoriale entre métropoles et zones plus rurales, mis en exergue par le mouvement des gilets jaunes.

- Comment se porte le marché du bâtiment au sens large en France en 2018 ?

« Alors si pour le bâtiment, 2018 restera une belle année, avec une progression du chiffre d’affaires de 2.5 / 3 % pour la production, c’est donc une très belle année en termes d’activité mais une mauvaise année en termes de rentabilité des entreprises à cause de l’augmentation du coût des matériaux et des salaires en raison de la pénurie de main-d’œuvre. Les coûts ont augmenté beaucoup plus vite que nos prix. Année très contrastée pour le BTP : bonne en activité mais mauvaise en rentabilité. »

- Pour 2019, quelles sont vos attentes et vos craintes ?

« Deux choses nous inquiètent particulièrement. Nous craignons le tassement du marché de la rénovation énergétique. Certaines mesures ne sont pas à la hauteur des enjeux. Un éclaircissement sur le CITE et les fenêtres sera une de nos urgences des prochains jours en perspective de 2019.
Autre inquiétude : la confirmation de la baisse du marché de la construction neuve liée aux mesures prises il y a un an et demi : le rognage à la fois du PTZ, Prêt à Taux Zéro en termes de quotité et de zonage. C’est malheureusement ce que l’on avait prédit en 2017. Le rognage engagé fin 2017 entraine 15 % de ventes en moins dans la construction de maison neuve. Cela a un impact chez les clients de nos entreprises de BTP en 2018 qui ne vendent plus de maisons neuves ou d’appartements neufs en collectifs. Tout ce qui ne se vend pas en 2018 ne se construira pas en 2019. Pourtant, selon nous, le PTZ n’est qu’un remplacement du manque d’apport. Cela doit être une possibilité d’acheter là où l’on travaille : de Paris à la campagne, et que cela contribue à répondre aujourd’hui à cette problématique de sentiment d’abandon. Pourquoi une quotité différente ? Serait-ce des citoyens de second rang en zones B2 et C ? Nous ne pouvons pas lutter contre la fracture territoriale sans PTZ dans ces zones détendues.
A cela, s’ajoute aussi un tassement en parallèle des organismes HLM. Le logement social ne sera pas au rendez-vous fin 2019 / début 2020. D’où un début de retournement en termes de production pour nos entreprises de BTP. Le marché risque de se tasser. Il ne faut pas être trop pessimiste tout de même. On pense que c’est un trou qui ne peut être que conjoncturel car les besoins sont toujours là. On manque toujours autant de logements neufs. Nous avons encore 30 millions de logements à rénover pour être dans le cadre des objectifs annoncés par le gouvernement en termes d’économies d’énergie. Ce qu’il faut, c’est que ce pays recommence à faire de la politique, c’est-à-dire qu’il accompagne par des décisions politiques ce qu’il annonce et arrête de faire que de la gestion budgétaire. Le budget doit se mettre au service de la politique.
Le ministre chargé du logement, Julien Denormandie, a d’ailleurs cette qualité-là : il fait de la politique et pas de la finance ; mais il n’a pas forcément le budget pour. Pour remplacer le dispositif Pinel en zones B2 et C, il invente le « Pinel Rénovation » que je préfère appeler le « Denormandie Rénovation » même s’il ne veut pas de dispositif à son nom. Ce Pinel dans l’ancien pourrait fonctionner ; mais cela ne concerne que les 222 centres engagés dans Action Cœur de Ville pour le moment. Le « Denormandie Rénovation » ne pourra pas remplacer la fin annoncée en 2020 du PTZ en zones B2 et C. Ce n’est pas la même clientèle. L'acquisition d'une maison individuelle ne sera pas remplacée par l'achat d'un logement en centre-bourg. »

- La loi ÉLAN vient d’être promulguée, qu’en attendez-vous désormais ?

« La loi ÉLAN va dans le bon sens en termes de simplification, de cohérence de normalisation, pour essayer de créer ce que le ministre Denormandie appelle le choc de l’offre. Soit ! C’est une loi que nous avons accompagné en faisant de nombreuses propositions. Ce n’est pas juste pour faire plaisir aux entreprises du bâtiment, c’est répondre à la demande des Français en termes de solvabilisation et de capacité à construire ou à acheter un logement ou à rénover leur propre logement.
Ce que l’on demande, c’est qu’en attendant les effets positifs de la loi ÉLAN, on soit raisonnable, que l’on accompagne cette volonté des Français au lieu de se dire que l’on fait dès maintenant des économies budgétaires. Les économies budgétaires soit disant faites dès maintenant vont être catastrophiques pour les années à venir. Et il va falloir imaginer un plan de relance en 2021 / 2022 pour y remédier. Ça, c’est un peu l’ancien monde, l’ancien système. Donc, nous comptons bien, en cette période d’examen du PLF 2019, participer à un réveil, un sursaut au niveau de nos députés et de nos sénateurs. »

- Une mesure qui n'influence pas fortement les dépenses, c’est le zonage, pourrait-on jouer sur ce volet ?
 
« C’est une très bonne idée mais cela dépend de quel côté on le prend. On a le sentiment que Bercy a vendu aux députés l’idée d’une révision du zonage en imaginant pouvoir réduire le nombre de zones B1 et augmenter celles de zones B2 où il y a malheureusement beaucoup moins d’accompagnement des Français qui veulent acheter. A l’inverse, les députés qui sont issus de zones B2 ou C imaginaient eux que la révision du zonage allaient leur permettre de passer en zone B1. Je crains que ce malentendu se réveille aujourd’hui quand on va voir comment cela va véritablement se découper.
Malheureusement, on voit que c’est un sujet essentiel, l’actualité nous prouve une forme d’incompréhension dans ces territoires dits péri-urbains ou ruraux. Je crois qu’il est assez logique de pouvoir répondre à une demande simple des Français dans ces territoires : c’est de pouvoir acheter ou construire leur logement là où ils travaillent, là ils vivent. Il n’y a pas besoin d’imaginer des aides que dans la concentration des métropoles. Il faut que les pouvoirs publics entendent ce discours-là avec un outil qui permettent aux Français de réaliser leur rêve. »

- D’où le concept de zonage de projet ?


« Oui à un zonage de projet pour la partie d’investissement. C’est une approche totalement différente que pour l’accession à la propriété. On ne peut pas parler d’effet d’aubaine quand on accompagne des gens qui veulent construire ou acheter leur résidence principale. C’est répondre à un besoin. On n’achète pas par opportunisme un logement là où l’on ne travaille pas, où l’on n’aime pas vivre.
Sur l’investissement, c’est totalement différent ; l’investisseur cherchant un retour sur investissement. Il y a des endroits, même en zones B2 ou C, autour des gares par exemple où il existe une demande locative pour des salariés souhaitant se loger proche de leur lieu de travail. Il ne faut pas imaginer un zonage depuis Paris sans connaître les spécificités locales. Il y a des endroits où il y a la place pour 10, 15 voire 20 logements en investissement locatif privé. Pourquoi cela serait interdit ? Alors qu’autour de l’investissement locatif, il y a aussi de l’accession privée et du logement social. Se priver de cet outil, de cet effet de levier dans ces zones-là où l’investissement locatif est attendu et nécessaire, nous trouvons que c’est une erreur majeure. Donc là aussi, le zonage de projet en investissement locatif est un outil que nous souhaitons pouvoir voir se développer. »

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