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Sonia Lavadinho, B-Fluid : « offrir du beau avant tout »

Sonia Lavadinho, anthropologue suisse, B-Fluid
Sonia Lavadinho, anthropologue suisse, a poussé les promoteurs à s'interroger sur la nécessité de beauté des programmes immobiliers. © FPI France

Tags : Immobilier neuf, FPI, promoteur immobilier, tendance


Anthropologue suisse, directrice du cabinet B-Fluid, spécialiste de la proxémie ou comment les espaces influent sur l’humain, Sonia Lavadinho a fait s’interroger les promoteurs sur la nécessité de créer de la beauté dans leurs projets immobiliers, à l’occasion du Congrès de la FPI. Rencontre.

- Aux promoteurs immobiliers réunis au Congrès de la FPI à Annecy fin juin, vous avez dit « le beau avant tout », pourquoi ?

« La beauté, quand on interviewe les gens ou qu’on les observe dans l’espace public ou sur leur terrasse, on voit qu’ils sont attirés et passent beaucoup de temps vers les lieux de leur maison ou dehors qui sont les plus beaux. La beauté est vraiment un driver dans le sens où elle magnétise le temps passé. Si vous comptez sur les fameuses 168 heures par semaine que nous avons tous, en enlevant les 35 heures de travail en France, les 56 heures de sommeil, il nous reste 72 heures, trois jours entiers pleins de temps libre et c’est dans ce temps libre que l’on voit que dès qu’ils ont le choix, dès qu’ils le peuvent, les gens vont essentiellement vers du beau. La question est pour moi que l’on ne doit pas forcer ce choix en disant : « je ne peux pas me payer du beau, donc je n’aurai pas accès à la beauté ». 
On le voit par exemple dans l’évolution de l’hôtellerie qui a beaucoup misé et travaillé sur les espaces communs et non pas sur les espaces fonctionnels de premier niveau, ce que j’appelle de l’ordre de « la dette », avoir un lit, une chambre, l’eau… Quand vous faites des terrasses, des piscines, des espaces communs, quand vous offrez des apéros, quand vous faites en sorte que les gens peuvent se rencontrer, inviter leurs collègues ou leurs clients… vous offrez la capacité à fabriquer du don, de la magie et c’est vers cela, à mon avis, qu’il faut aller pour les promoteurs. La beauté est dans la magie, quand vous arrivez à créer de l’inattendu, aller au-delà ce que les gens espéraient. 
In fine, la beauté, c’est quand il y a ce petit moment où vous restez coi. Cela passe par l’accès à la lumière, l’accès à la vue, mais aussi la disposition des pièces, la manière dont on ne crée pas d’espaces résiduels dans une maison ; mais où tous les espaces sont investis pleinement. Cela apporte de la beauté. 
La beauté, c’est aussi dans la simplicité, dans le fait de bien arriver à décoder à quoi sert cet espace, ce que je vais pouvoir en faire, mais aussi avec qui. On le voit avec les cuisines ouvertes par exemple. Cette évolution majeure a vraiment permis à celui qui cuisine de rester en interaction avec les autres. La beauté, c’est donc maximiser les mètres carrés de scène et non pas de coulisses dans un logement, sans toutefois créer des scènes monumentales mais bien des scènes de vie, du quotidien. C’est terminé la salle à manger que vous utilisiez une fois par an à Noël car ce n’était pas une pièce vivante. 
Mais comme toujours, la beauté des uns n’est pas la beauté des autres. Il y aura toujours des niches pour ceux qui préfèreront une cuisine fermée. Il faut donc être à l’écoute des besoins. Bien entendu quand vous avez affaire à un couple, nous ne sommes pas toujours d’accord, sans compter qu’il faut aussi prendre en compte l’avis des pré-ados et même de l’enfant de 6 ans qui a aussi une importance capitale dans le choix de l’appartement ou de la maison. Il faut donc mettre d’accord toute la famille sur ce qu’est la beauté. 
Attention tout de même aux besoins latents, ceux que l’on n’exprime pas, mais qui existent. Il faut tester et faire tester. Pourquoi pas un appartement où venir une semaine en vacances pour qu’ils testent. C’est une expérience, comme du pré-habiter pour se rendre compte tout ce qui leur convient ou pas dans le logement. De quoi mieux personnaliser leur habitat, sans que ce soit issu de leur propre pensée ; mais issu de la réalité. Ça serait une vraie prise de risque pour les promoteurs mais ça serait comme des appartements témoins mais au lieu que cela reste figé, ça serait un vrai appartement témoin expérienciel. »

- Même si les promoteurs parlent beaucoup de logement sur-mesure, de personnalisation ; vous leur rappelez que tout le monde a une famille différente, une vie différente du voisin et qu’ils doivent travailler sur cela.

« On est 7 milliards sur terre et on a tous une vie différente ; mais nous-même avons désormais plusieurs vies. Ce n’est pas parce que je vous ai acheté un appartement comme cela il y a 2 ans que je veux le même aujourd’hui. Nous-même sont en constante mutation. Il faut en être conscient. Même la personne avec qui vous vous êtes mariés n’est plus la même aujourd’hui. On le sait tous et pourtant, dans les relations de business, on semble l’oublier. Cela multiplie vos clients. Au lieu de faire l’achat d’une vie, vous faites l’achat de 10 vies. Oui, il y a de grandes tendances ; il y avait même des différences de modes de vie des baby-boomers selon les territoires : que l’on habite dans une métropole, à la campagne ou sur le littoral, on vivait différemment ; mais c’est en train de changer avec les millenials qui font de l’import-export. Ils amènent avec eux des modes de vie qui sont portables. Un jeune de 25 ans a aujourd’hui de multiples personnalités. La question est donc comment le logement peut-il être assez organique pour qu’il épouse ces changements constants de notre personnalité, de notre vie ?
Cela implique deux choses : accélérer, c’est-à-dire que les cycles de vie des murs eux-mêmes puissent bouger plus vite. Créer une pièce en plus ou en moins, une terrasse ou un jardin en plus ou en moins… et savoir où est la centralité du logement : la cuisine ? le salon ? le lit ? pourquoi pas la salle de bain au milieu de la maison. Je suis d’avis qu’il faudrait davantage tester les centralités et les lieux de vie dans la maison. Il y aurait des niches pour. Vous auriez des appartements où vous mettriez la pièce d’eau au centre avec une cascade ; ça se vendrait. Vous auriez des appartements avec le salon au centre ; on sait que ça se vend. Vous auriez des appartements avec la cuisine au centre et le « foyer / feu » ; ça se vendrait. Vous verriez que les gens ont des centralités différentes : certains sont centrés sur la télévision, d’autres sur les livres, d’autres sur la tablette, d’autres sur la terrasse avec des gens qui ne vivent que dehors… Ces modèles se multiplient ; il n’y a plus qu’un seul modèle. 
Hormis pour le travail, dans les appétences pour déménager, les gens n’ont pas forcément besoin de changer de quartier ou d’immeuble, ils cherchent une pièce en plus ou en moins, un habitat qui correspond à leurs besoins du moment. Là-dessus nous ne sommes pas assez bons. D’où l’intérêt de la maison sur abonnement pour passer d’une configuration à l’autre, sans changer de quartier. Le business de la pierre, un peu comme celui de la voiture, est le seul à être encore en dehors de l’industrie sur abonnement. Vous avez aujourd’hui des abonnements pour tout, ce qui n’était pas le cas il y a encore 10 ans. Ce modèle de l’abonnement va venir vers l’immobilier. La maison va venir vers vous avec ses abonnements. Elle va venir à vous pour vous rencontrer dans le moment de vie où vous êtes à ce moment précis. »

- D’où la problématique des souvenirs ?

« La fabrication des souvenirs, c’est une vraie question. Vous vivez avec tout vos passés. La question est comment un lieu peut participer à la fabrication des souvenirs. Comment on gère pour stocker puis partager les souvenirs et ça sera un des rôles des maisons dans l’avenir. » 

- Des maisons, qui, d’après vous, seront multiples pour s’adapter à nos modes de vie.

« Avant nous étions sur le rythme 5 jours de travail / 2 jours de week-end ; mais c’est complètement en train de changer avec l’annualisation du temps de travail ou pour les créatifs qui s’organisent sur deux semaines. Il y a aussi ceux qui font le choix d’habiter dans des lieux différents l’été et l’hiver. La semaine et la pendularité qui ont longtemps drivé l’organisation familiale ne concernent plus la plus grosse part de créateurs de PIB. Les gens qui produisent cette importante part du PIB sont déjà dans cette souplesse organisationnelle qu’ils soient salariés, indépendants ou qu’ils aient leur propre entreprise avec des salariés. Ils ont des horaires libres, à la carte et surtout ils ont repris la liberté de ne pas aller toute la semaine au même endroit pour travailler. 
Cela change tout sur les choix des maisons, sur à combien de kilomètres faut-il être ou pas pour aller sur mon lieu de travail ou sur la proximité des écoles. Cela ouvre beaucoup de possibilités en termes de type de maisons et cela ouvre la porte à cette multi-résidentialité, beaucoup plus prégnante, beaucoup plus faisable aujourd’hui. 
Cela permet de davantage customiser leur maison, non pas tant lié à leur cycle de vie temporel mais lié au fait qu’ils vivent plusieurs vies en même temps, dans des lieux différents. Ils vivent un bout à la ville, un bout à la campagne, un bout à la montagne. Ils ont surtout une maison pour leurs loisirs : ski, kayak que l’on peut ainsi pratiquer toute l’année, plutôt que trois semaines par an pendant leurs vacances. 
Cela donne des maisons styles de vie : des maisons donc liées aux loisirs, des maisons liées à la fabrication des souvenirs : ces maisons affectives que l’on vous transmet, qui sont parfois perdues sur le territoire, la maison d’une grand-mère où vous avez beaucoup de souvenirs même si elle est bizarrement placée ; des maisons de ville, pied à terre de ville, dans l’hyper-urbain, au centre, proche d’une gare… en tout cas, cela donne dans l’absolu trois maisons. Donc si les gens avaient la possibilité d’avoir des maisons sur abonnement, ils iraient jusqu’à trois maisons ; donc on pourrait leur en vendre trois. Ce qui beaucoup plus intéressant que de leur en vendre qu’une pour toute une vie. »
Par Céline Coletto
En résumé

- Sonia Lavadinho, anthropologue suisse, prône la beauté pour tous, afin que les habitants se créent des souvenirs sur les trois jours pleins de loisirs qu’offre une semaine de vie et cela passe par l’environnement : à l’intérieur du logement mais aussi autour de l’immeuble. D’où la nécessité du beau. 
- Face aux promoteurs, elle a aussi évoqué, outre les différents modes de vie de chacun des 7 milliards d’humains, notre propre vie est multiple et impose donc que notre logement s’adapte, d’où le concept de « maison sur abonnement », puisque la pierre est le seul domaine qui n’a pas encore été touché par le phénomène récent de l’abonnement. 
- Avec cette « maison sur abonnement », Sonia Lavadinho parle aussi des « maisons styles de vie » : celle pour les loisirs, celle des souvenirs, celle pour aller travailler. Trois maisons au moins, plutôt que la maison d’une vie. 

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