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Christine Leconte, Ordre des Architectes : « Il faut une vision d'anticipation du logement qui dépasse le quinquennat et cela demande beaucoup de courage »

Christine Leconte, présidente CNOA
Christine Leconte, présidente du conseil national de l'Ordre des Architectes, présente sa vision de la ville dans la manifeste "Réparons la ville!" © Anne-Claire Héraud

Présidente du Conseil National de l’Ordre des Architectes, CNOA, Christine Leconte publie un manifeste intitulé « Réparons la ville ! » avec l'urbaniste Sylvain Grizot. Entretien à quelques semaines des présidentielles. 



- Comment expliquez-vous que le logement soit encore le grand absent de la campagne présidentielle ?

 

« On voit encore le logement dans sa complexité quantitative, économique et on ne dézoome pas assez sur l’enjeu sociétal qu’il représente, notamment dans le budget et le portefeuille des ménages. Aujourd’hui, c’est plus de 40 % du budget des ménages qui est consacré au logement et quand on voit que la priorité des Français, c’est le pouvoir d’achat, on pourrait dire au final que le logement est une priorité des Français. Il y a un angle mort qu’il faudrait dézoomer autour de la politique du logement. Le logement, ce n’est pas simplement la cellule : la maison, l’appartement ; mais c’est plutôt la notion de l’habitat et la question de comment j’habite, où j’habite. Quand on réfléchit à ces questions, on se rend compte que la question urbaine engrange beaucoup plus de questions qui sont présentes dans la campagne présidentielle. Seulement, les candidats n’ont pas encore fait le lien entre ces problématiques et la notion urbaine. »

 

- Quid du sujet des villes dans le débat politique ? On peut aller même plus loin de l’aménagement du territoire au sens large est aussi absent de la campagne ? 

 

« C’est même pour cela que nous avons écrit ce livre avec Sylvain Grizot. Nous avons considéré que comme les villes sont les grandes oubliées du débat politique, alors qu’elles fondent toutes nos relations humaines, elles doivent être à la fois culturelle et sensible, pour répondre à tous nos besoins. Au moment précis où il y a cette présidentielle, alors qu’il y a des enjeux écologiques extrêmement forts au 21ème siècle, la question de l’aménagement du territoire ne peut plus être laissée de côté. C’est forcément un débat qui doit être posé sur la table car depuis 40 ou 50 ans, on en a fait un sujet sans vision, très technique, on en a fait un zoning avec des zones commerciales, des zones pavillonnaires… et on a oublié toute la dimension culturelle, fonctionnelle, de partage de la ville et de ce qui fait qu’aujourd’hui, construire une ville, c’est spacialiser notre démocratie, c’est-à-dire la rendre accessible à tous, agréable à tout le monde. C’est donc un axe profondément social et un combat à mener. » 

 

- Comment remettre les villes, l’aménagement des territoires, le logement… au centre des débats ?

 

« L’urgence écologique demande une forme d’anticipation qui dépasse les débats électoralistes et qui devrait faire consensus. La lutte contre l’étalement urbain est un préalable à tout programme politique. Tout le monde le sait : c’est une question de biodiversité, de gestion des sols, d’autonomie nourricière de la France… Donc la démarche de se dire : puisqu’il faut lutter contre l’étalement urbain, comment fabrique-t-on la ville ? devient une urgence, qui a terme, deviendra une urgence vitale pour les Français. Quand on voit les aléas climatiques liés aux épisodes de canicule, les aléas liés aux inondations…, on sait que la population française sera confrontée à des épisodes météos violents qui nous mettrons en danger, en insécurité. Ces questions d’urbanisme nous renvoient à ces questions de sécurité puisqu’en 2100, 74 % de la population mondiale sera sujette à plus de 20 jours de canicules mortelles par an. »

 

- C’est un argument difficile à entendre aujourd’hui pour des primo-accédants qui doivent aller toujours plus loin pour pouvoir financièrement faire construire leur maison ?

 

« C’est aussi pour cela que nous avons écrit ce livre qui vient expliquer ce pourquoi on doit penser autrement et notamment pour les décideurs. Aujourd’hui, c’est très difficile pour un particulier de trouver un logement qui soit agréable, de qualité, qui lui permette d’avoir à la fois du calme, du confort, l’usage d’un espace extérieur et d’être en proximité de tout. Pourtant, les architectes, les urbanistes ont des solutions pour répondre à ces besoins, que l’on n’utilise pas. Aujourd’hui, on oppose deux modèles : d’un côté, vous avez la maison individuelle qui règle votre problème de calme, de confort et d’espace extérieur et de l’autre côté, le logement collectif apporte, lui, la proximité à tout ce qui fait la ville : les écoles, les transports, le travail. Entre la maison individuelle et le collectif, il existe énormément de formes urbaines différentes qui permettent de concilier et d’allier les deux. Malheureusement, on ne les utilise pas, on ne les crée pas parce que ce n’est pas dans notre culture. Nous disons que les décideurs, les promoteurs… doivent s’y mettre de façon plus importante. Nous avons un gros enjeu de fabrication de la ville et notamment aussi autour de la notion de la réparation de la ville. D’où le titre de notre livre « Réparons la ville ! » car c’est un livre qui se veut optimiste. Comme on sait que l’essentiel de la ville de 2050 est déjà là, il faut que l’on en assume l’héritage, qu’on considère l’existant et que l’on construise avec en engageant sa transformation. Pour la rendre agréable, rien de telle que la création architecturale pour éviter la standardisation et pour fabriquer des espaces avec des atmosphères appropriables par chacun. »

 

- Pourquoi un tel désamour des Français pour les grandes villes ? Comment les réinventer ? Le peut-on encore ? Comment imaginer cette ville de demain, en sachant que chaque territoire veut tirer la couverture à soi économiquement… tout en ne voulant plus vraiment construire de logements ?

 

« Le logement, c’est construire du neuf ; mais c’est aussi réhabiliter les logements vacants, en travaillant aussi sur le stock afin de libérer le parcours résidentiel.

aménagement du territoire
Face à l'urgence climatique, la représentante des architectes réclame aux candidats à la présidentielle des engagements au-delà du quinquennat.
Nous avons des métropoles mais nous avons aussi des villes moyennes qui ont besoin de retrouver une attractivité pour attirer de nouvelles populations. Je ne pense pas que les habitants des grandes villes ne veulent plus de nouveaux habitants supplémentaires, je pense qu’ils ne veulent pas de nouveaux immeubles qui ne soient pas qualitatifs et qui n’apportent rien à leur environnement. Aujourd’hui, si on a une parcelle vierge avec un joli arbre au fond et que cette parcelle est construite avec un nombre extrêmement important de logements, complètement remplie, qui ne permettent plus de voir l’arbre, qui n’offre pas un espace en rez-de-chaussée agréable pour la ville… ces logements ne s’intègrent pas dans la ville et sont refusés par le quartier. La question est de savoir comment on passe d’un urbanisme très individualisé tel qu’est la maison individuelle à un urbanisme compliqué à présenter mais qui est un urbanisme du partage. Du partage pour libérer des espaces dans lequel on sera en intimité avec sa famille, dans lequel on sera bien, avec des relations vers l’extérieur… car sans qualité, il n’y a pas de densité possible. »  

 

- Pour y parvenir, comment stopper la surenchère foncière, qui provient parfois des élus eux-mêmes ?

 

« En 2022, la question est de regarder vers l’avant et de ne pas jeter la pierre sur les élus, les promoteurs, les architectes, les habitants... Comme on doit rester dans l’enveloppe urbaine, l’idée est que le sol urbain devienne une richesse dont il faut pouvoir considérer l’importance. Il y a donc d’autres manières de travailler le sol avec des baux emphytéotiques, le bail réel solidaire, les coopératives de logements…, donc d’autres modes de vente et de location de logements, qui permettront de fluidifier le parcours résidentiel. Malgré ces solutions, je reste convaincue que sans qualité, sans qualité entre espace naturel et services de proximité, ce qui fait la richesse de la ville et la qualité des logements, personne n’acceptera la densité. »   

 

- En tant que présidente de l’Ordre des Architectes, que demandez-vous aux candidats ? 

 

« Première demande : prendre conscience de l’importance d’une vision transversale du logement. Aujourd’hui, il faut arrêter de penser le logement uniquement par son prisme quantitatif, mais également le penser dans l’équilibre des territoires. Un logement loin de toute mobilité et de tout travail, ne fonctionne pas. La politique du logement est beaucoup plus transversale que celle qui peut être imaginée dans un ministère délégué. Il faut un ministère d’Etat à l’aménagement du territoire, il faut une politique beaucoup plus volontariste avec une vision de ce que l’on veut pour la France. Il y a aussi une question de protection des populations vis-à-vis des enjeux climatiques qui nous arrivent et une question d’habitabilité des territoires. Cette vision d’aménagement est aussi liée à l’avenir de la France et à la manière dont notre territoire doit être occupé pour la sécurité écologique des habitants dans le futur. 

Deuxième chose qu’on demande aux candidats : se préoccuper de la qualité de ce qui est construit. Cette acceptabilité de la densité et des nouvelles normes environnementales doit être beaucoup expliqué et comprise, elle doit être accompagnée par des lieux de vie qui conjuguent les aspirations des Français avec les enjeux écologiques et sociétaux.

Troisième point sur lequel on insiste, c’est le développement de la filière de la réhabilitation, de la réparation de la ville, mais également l’utilisation renforcée des matériaux biosourcés et géosourcés, afin de lutter contre la production de déchets dans le bâtiment, contre les filières de matériaux polluants, contre la pénurie des ressources… C’est également savoir se réapproprier l’existant pour construire un futur agréable pour tous. »

 

- Pensez-vous également qu’on est proche d’une crise majeure du logement, comme a pu le dire récemment Robin Rivaton ?

 

« Nous sommes en effet proche d’une crise du logement, mais il faut s’entendre sur ce que cela veut dire. Nous avons déjà une crise du logement en termes de nombre de logements disponibles. Cela signifie que tout en construisant, nous avons aussi besoin de réhabiliter les 600 000 à 3 millions de logements vacants.

Nous avons aussi une crise du logement sur la manière dont on programme le logement. Aujourd’hui, le vieillissement de la population n'est pas par exemple suffisamment pris en compte dans nos politiques du logement. J’en reviens à dire qu’il faut une politique beaucoup plus transversale que de dire il faut construire x trois-pièces, x quatre-pièces… Quel avenir voulons-nous pour notre population qui vieillit, qui n’a pas forcément envie d’être stocké au bord d’un rond-point dans un Ehpad et qui a le droit de rester, pas forcément dans leur logement, mais dans leur quartier. Il faut sortir de la ville monofonctionnelle et s’intéresser à cette crise du logement qui touche une population qui vit, qui bouge, qui évolue, mais qui a aussi conscience des enjeux climatiques.

Dernier point : il y aura une crise migratoire, liée aux migrations climatiques, il va donc falloir s’en préoccuper. La problématique que l’on a avec des élections présidentielles, c’est des politiques très électoralistes, où l’on veut des résultats tout de suite et les chiffres comptent donc beaucoup. Mais globalement ce que l’on attend aujourd’hui d’un homme ou d’une femme politique, c’est une vision d’anticipation qui dépasse les 5 ans et cela demande beaucoup de courage. » 

 

- Quelle mesure devrait prendre le prochain Président de la République pour soutenir la ville, le logement, en allant plus loin qu’un ministère de plein exercice déjà évoqué ?

 

« La première chose sera de rassembler des Etats généraux de l’habitat et de l’aménagement du territoire avec toutes les parties prenantes, les élus, les citoyens avec une sorte de pacte avec des objectifs. Nous avons dans

livre réparons la ville
Ecrit à quatre mains, sous forme de dialogue, "Réparons la ville!" est un pamphlet pour imaginer une autre politique du logement et de la ville.
d’autres secteurs d’activité, par exemple, la lutte pour la biodiversité, des stratégies à long terme pour aller vers des solutions. Aujourd’hui, nous ne nous accordons pas assez sur les préalables avant toute décision politique sur l’aménagement urbain ou plutôt ce que nous appelons, nous, le « ménagement urbain ».

Ce que l’on prône, avec Sylvain Grizot, dans notre livre, c’est tout ce qu’il faut laisser derrière nous. Il faut qu’on essaye d’en partager le constat ensemble et à partir de cela, regarder les défis qui attendent chaque acteur de la ville. Cela va forcément rebattre les cartes et poser des questions sur le bilan économique des opérations, sur la mutation du métier d’architecte qui utilisera davantage de matériaux issus du réemploi et qui devra faire davantage de réhabilitation, sur le rôle des élus, le rôle des citoyens… Cette question-là peut se résumer par quelle ville voulons-nous pour demain. Sans ces Etats généraux et ces préalables que nous partagerions tous, nous ne pourrons pas y arriver, chacun restant dans son pré carré. »

 

- Qu’est-ce qu’on laisse derrière nous justement ? Sur quoi faut-il faire une croix ?

 

« L’idée est surtout de se poser la question des trois crises du siècle : la crise du climat, la crise de la biodiversité, la crise des ressources. C’est autour de ces trois crises qu’il faut que l’on se batte et que l’on sache faire un pas de côté. Dans le débat des présidentielles par exemple, nous avons encore une candidate qui se pose la question de la lutte contre l’étalement urbain, la méconnaissance de ce qu’est cette lutte, peut faire prendre cette position-là. Alors que des solutions existent et elles pourraient permettre à l’ensemble des candidats de se positionner sur des alternatives. 

Il faudra peut-être aussi s’interroger sur la manière dont on pense la ville à travers l’automobile et un développement des mobilités. Limiter aussi la fabrication de la ville focalisée sur des grandes opérations et des produits immobiliers neufs standardisés. Une ville ne peut pas être faite que de produits de défiscalisation, qui ne seraient pas pensés d’abord comme des habitations mais comme des produits économiques.

Enfin, nous avons plein de pionniers dans la ville existante : des élus, des architectes, des promoteurs immobiliers, des habitants…, qui ont des idées et qui font déjà des projets qui répondent à tous ces enjeux, en s’attachant par exemple à réhabiliter ou réemployer les matériaux. Il faut aider ces pionniers à ce que leurs pratiques deviennent de plus en plus faciles à mettre en œuvre, pour passer de pratiques pionnières à pratiques ordinaires, au sens noble du terme. » 

Par Céline Coletto

« Réparons la ville ! » aux éditions Apogée

Par Christine Leconte, présidente du CNOA et Sylvain Grizot, urbaniste et fondateur d’une agence de conseil en recherche urbaine : dixit.net


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