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Delphine Pinon, Richissime : « Le plus grand frein à l'investissement, c'est souvent le narratif que l'on se raconte »

Delphine Pinon, créatrice de contenu du podcast Richissime, analyse les blocages qui freinent les projets immobiliers des Français.

Tags : Immobilier, immobilier neuf, investissement immobilier, investissement locatif, Delphine Pinon


Devenir propriétaire ou investir dans l'immobilier reste un objectif pour de nombreux Français. Pourtant, beaucoup hésitent à franchir le pas. Entre peur de se tromper, sentiment de ne pas avoir les moyens ou attente du « moment parfait », les freins sont souvent plus psychologiques que financiers. Delphine Pinon, créatrice du podcast Richissime, décrypte ces mécanismes qui empêchent de passer à l'action.



Entretien avec Delphine Pinon, créatrice du podcast Richissime.

- « Je n'ai pas les moyens » est une phrase qui revient très souvent dans la bouche de ceux qui n'osent pas investir dans l'immobilier. Vous n'êtes pourtant pas entièrement d'accord avec cette affirmation ?


« Evidemment, il est tout à fait possible, à un moment de sa vie, de manquer de moyens pour investir. En immobilier notamment, les banques demandent aujourd'hui un apport qui peut représenter entre 10 et 20 % du projet. Il arrive donc, factuellement, que certaines personnes ne disposent pas de cet apport.
Mais cette situation est aussi circonstancielle. J'aime rappeler que nous sommes toujours responsables de notre situation, au moins en partie. Pourquoi ? Parce que si l'on n'est pas responsable, alors on n'a aucun levier d'action.

 

« Reconnaître sa part de responsabilité, ce n’est pas culpabiliser : c’est retrouver un levier d’action »


Notre situation financière résulte certes de facteurs extérieurs, mais aussi des décisions que nous avons prises auparavant. Reconnaître cette part de responsabilité, ce n'est pas culpabiliser. C'est surtout reprendre du pouvoir sur la situation.
On ne maîtrise ni les taux d'intérêt, ni la conjoncture économique, ni la fiscalité. En revanche, on contrôle nos dépenses, notre épargne, notre manière d'investir, nos arbitrages de consommation. Ce sont ces choix qui peuvent progressivement améliorer une situation financière. »

 

- Vous expliquez que le principal frein est psychologique. Pourquoi ? Est-ce une question de confiance ?
 


« Je ne suis pas certaine que ce soit une question de confiance. Je parlerais davantage de narratif interne, du discours que l'on se tient à soi-même, et qui est aussi largement influencé par notre culture.
Face à une difficulté, notre cerveau préfère souvent conclure que nous n'avions pas le choix. C'est beaucoup plus acceptable psychologiquement que de reconnaître que certaines décisions n'étaient peut-être pas les meilleures.
La vérité se situe pourtant toujours entre les deux. Il existe des circonstances favorables ou défavorables, mais aussi des décisions personnelles qui nous conduisent là où nous sommes aujourd'hui. »


- Quels sont les blocages que vous observez le plus souvent chez les personnes qui hésitent à investir dans l'immobilier parmi votre communauté ?


« Le premier frein est clairement la peur, et notamment la peur de perdre de l'argent. Cette peur est souvent liée à un déficit de connaissances. On redoute ce que l'on ne comprend pas ou que l'on maîtrise mal.

La peur de perdre de l’argent peut bloquer les projets immobiliers, selon Delphine Pinon, alors que certains risques : impayés, squats restent rares. © Shutterstock
Elle est également alimentée par des expériences dans notre entourage lointain ou des récits très médiatisés : les impayés, les squats, les procédures interminables... Pourtant, ces situations restent statistiquement rares. Mais émotionnellement, elles prennent une place énorme.
Nous ne raisonnons pas toujours de façon rationnelle. Nous avons tendance à surestimer certains risques tout en minimisant d'autres. Ne rien faire a pourtant un coût réel. Il existe un coût d'opportunité à l'inaction qui est souvent supérieur au risque de passer à l'action, même si l'investissement réalisé n'est pas parfait. »


- Beaucoup pensent aussi que l'investissement immobilier est réservé aux personnes déjà aisées. Est-ce une croyance ?


« Ce n'est pas seulement une croyance. Dans le contexte actuel, les exigences d'apport des banques excluent effectivement une partie des ménages. Pendant la période des taux très bas, les conditions d'accès au crédit étaient beaucoup plus souples. Aujourd'hui, l'investissement immobilier est accessible au plus grand nombre, mais probablement pas à tout le monde. Il faut reconnaître cette réalité. »


- Pourquoi l'immobilier concentre-t-il autant de peurs ?


« Parce qu'il s'agit du placement qui mobilise le plus de capital. En même temps, il reste le principal véhicule d'investissement des Français. Pour la majorité d'entre eux, leur résidence principale constitue l'essentiel de leur patrimoine.
L'immobilier implique un engagement sur plusieurs années, parfois plusieurs décennies. Et personne ne sait de quoi la vie sera faite : une séparation, une mutation, un retournement de marché… Longtemps, les Français ont considéré qu'acheter était toujours plus intéressant que louer. Ce n'est pourtant pas systématiquement vrai.
A cela s'ajoutent les évolutions réglementaires et fiscales qui entretiennent un climat d'incertitude. Beaucoup de personnes redoutent la fiscalité immobilière alors qu'il existe des dispositifs intéressants lorsqu'on prend le temps de les comprendre. »


- Aujourd'hui, les informations sur l'investissement sont partout. Pourtant, beaucoup restent paralysés. Pourquoi ?


« Nous ne manquons plus vraiment d'informations. Elles sont abondantes et souvent gratuites. Le problème est ailleurs. D'abord, tout le monde n'a pas envie de s'éduquer financièrement, c’est-à-dire passer son dimanche à s’informer.

 

« On ne manque pas d’informations : on manque souvent de capacité à faire le tri et à savoir ce qui est adapté à son propre projet »

 

Ensuite, beaucoup sont confrontés au phénomène inverse : trop d'informations. Entre les spécialistes de l'immobilier neuf, de l'ancien, du locatif, de la Bourse ou encore de l'assurance-vie, chacun défend son domaine. Les particuliers finissent par ne plus savoir ce qui est réellement adapté à leur propre situation. »


- Dans le neuf, acheter en VEFA implique d'investir dans un logement qui n'est pas encore construit. Comment accepter cette part d'incertitude ?


« Si l'on regarde objectivement les choses, le neuf réduit déjà plusieurs risques. On limite les travaux, les dépenses d'entretien, les mauvaises surprises liées au bâti. Les garanties propres à la VEFA apportent également une protection supplémentaire.

Delphine Pinon souligne que l’immobilier neuf réduit une partie des risques liés au bâti, même si tout investissement comporte une part d’incertitude. © Shutterstock
Bien sûr, il reste toujours une incertitude sur l'évolution du marché immobilier ou sur la valorisation future du bien. Mais cette incertitude existe aussi dans l'ancien. Construire un patrimoine suppose d'accepter qu'il existe toujours une part d'incertitude.
Le neuf permet malgré tout d'en réduire une partie. En revanche, aujourd'hui, je porterais une attention particulière au confort d'été. C'est devenu un vrai sujet. Personnellement, je n'investirais pas dans un logement neuf sans vérifier ce point. »


- Selon vous, qu'est-ce qui distingue les personnes qui réussissent à construire un patrimoine de celles qui restent spectatrices ?


« Je constate une différence fondamentale. Beaucoup adaptent leurs objectifs à leurs moyens. Celles qui construisent véritablement un patrimoine font exactement l'inverse : elles adaptent leurs moyens à leurs objectifs.

 

« Les personnes qui construisent un patrimoine adaptent leurs moyens à leurs objectifs, pas l’inverse »

 

Elles commencent par définir ce qu'elles souhaitent réellement construire comme patrimoine, puis elles se demandent quelles décisions et quels investissements sont nécessaires pour y parvenir. Cette approche les place immédiatement dans une logique de solutions et facilite ensuite le passage à l'action.
A l'inverse, lorsqu'on part uniquement de ses contraintes : "je n'ai pas le temps", "je n'ai pas les moyens", "je veux investir sans risque et sans effort", la trajectoire est généralement beaucoup moins dynamique. »


- Quel serait votre principal conseil pour une personne qui souhaite investir dans l’immobilier ?


« Nous vivons effectivement dans un contexte anxiogène. La situation économique, les finances publiques ou encore les débats budgétaires qui vont débuter en cette rentrée alimentent cette inquiétude. Mais, une nouvelle fois, ce sont des éléments sur lesquels nous n'avons pratiquement aucune prise.
En revanche, nous pouvons agir individuellement. Dans un contexte où le travail rémunère moins qu'auparavant et où il devient plus difficile d'améliorer son niveau de vie uniquement grâce à son salaire, l'investissement reste l'un des principaux leviers pour construire son patrimoine.
Ce n'est pas demain qu'il faut commencer. C'est maintenant. Si l'on souhaite profiter des fruits de son patrimoine pendant sa vie active, il ne faudra pas compter uniquement sur son travail, mais aussi sur sa capacité à investir. »