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Pascal Boulanger, FPI : « Une année catastrophique que j'ai envie d'oublier pour miser sur le dispositif Jeanbrun »

Pascal Boulanger, président de la FPI, se veut optimiste pour le logement neuf en 2026 avec le dispositif Jeanbrun.

Tags : Immobilier neuf, logement neuf, promotion immobilière, promoteur immobilier, FPI, Pascal Boulanger


Stocks en hausse, ventes à l’arrêt, attente du statut du bailleur : le président de la FPI, Pascal Boulanger décrypte une crise historique du logement neuf, tout en affichant un optimisme assumé pour relancer la machine d’ici 2030.



- Vous avez présenté ce jeudi les derniers chiffres pour le logement neuf, comment qualifiez-vous l’année 2025 pour le logement neuf ?

Pascal Boulanger : « Une nouvelle année catastrophique que j'ai envie d'oublier, puisqu'on est déjà en 2026. Mais je suis assez optimiste pour l'avenir, avec ce statut du bailleur privé qui a été voté et adopté en 49-3… maintenant nous attendons les décisions du Conseil constitutionnel, mais a priori il n'y a pas de raison que ce ne soit pas accepté. 


« Une nouvelle année catastrophique que j’ai envie d’oublier »


« Moi, je pense que la bonne nouvelle dans tout ça, c'est qu'il y a enfin eu une prise de conscience totale à Matignon, il y a trois semaines, après une discussion tendue entre le directeur de cabinet adjoint et moi-même… nous avons fait comprendre que cela ne pouvait plus durer et que nous n'étions pas satisfaits. 


« Nous avons constitué ce que Vincent Jeanbrun appelle l’équipe de France du logement »


Depuis, nous avons constitué ce que Vincent Jeanbrun, ministre du Logement, appelle l'équipe de France du logement, nous avons signé une charte et l'engagement pour construire 2 millions de logements d’ici 2030… et nous nous sommes dit avec Sébastien Lecornu que nous nous verrions une fois par mois pour faire un point d'étape. » Aller plus loin - Plan relance : le gouvernement fixe enfin un cap à 2 millions de logements neufs

 

- Le dispositif Jeanbrun suscite tout de même encore beaucoup de questions, notamment sur la rentabilité.

 

« Je n'ai pas envie de rentrer dans ce débat… Il ne se passait plus rien. Le logement, l'investissement locatif était complètement à l'arrêt. Aujourd'hui, il y a vraiment une volonté. Moi, je suis une personne intègre : lorsque nous constituons une équipe, je veille à ce que les règles soient respectées et que chacun agisse de manière transparente et équitable. Lorsque nous apportons notre soutien, nous nous engageons pleinement. En tant que promoteur, nous allons tout faire pour communiquer positivement sur ce dispositif qui est la solution pour relancer les ventes. »

 

- Et pour ce début d’année 2026, quel est l’état du marché ? 

« C'est pire que pire… nous n'avons plus grand-chose à l'offre, et comme tout le monde attend le statut du bailleur, personne n'investit en ce moment. Les retours de terrain pour janvier, il ne se passe plus rien. Mais les promoteurs remettent déjà des produits à l'offre… aujourd'hui, avec le statut Jeanbrun, nous avons sûrement réglé le problème de la demande. Il faut maintenant travailler sur l'offre. »

 

« Nous sommes contents quand nous avons entre 10 ou 12 mois de vente devant nous »

 

- Les chiffres montrent des durées d’écoulement très élevées dans plusieurs villes et un niveau important de logements achevés non vendus. Faut-il y voir un excès d’offre ou, au contraire, le risque d’une future pénurie si la demande repart ?

 

« Nous sommes contents quand nous avons entre 10 ou 12 mois de vente devant nous. Aujourd’hui, vous avez une ville comme Grenoble, nous sommes à 56 mois d’offre à Orléans, 48 mois d’offre, 33 à Lille… Cela signifie que, malgré le fait que l’offre soit très faible, elle est totalement disproportionnée par rapport à la demande. Les mois d’écoulement sont calculés en fonction de la vitesse de vente du trimestre. Donc, quand nous ne vendons plus, les chiffres explosent.

Le dispositif Jeanbrun est la clé pour relancer l'investissement locatif et les ventes de logements neufs, selon la FPI.
En parallèle, nous serions aux alentours de 14 % de stocks durs dans l’ensemble de la France, ce qui est énorme, normalement, nous sommes entre 3 et 5 %. Mais le jour où nous nous remettrons à vendre normalement, si nous doublons par exemple nos rythmes de vente, tout va rebaisser très rapidement. Et comme nous avons moins mis à l’offre ces dernières années, dans deux ou trois trimestres, nous risquons d’être en sous-offre. »

 

« Tous les maires se rendent compte qu’ils ont un équilibre à trouver à propos du logement »

 

- D’où l’importance, à l’approche des élections municipales, d’avoir de nouvelles équipes municipales qui soient favorables au logement, plutôt que l’adage « maire bâtisseur, maire battu ».

« Ce n’est plus pareil actuellement. Avant, c’étaient les maires non bâtisseurs qui étaient les maires gagnants. Si on prend les années 2000, tous les maires voulaient être des maires bâtisseurs. Si on prend les années 2020, beaucoup de maires étaient plutôt non bâtisseurs. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, on est revenu à l’équilibre. Tous les maires se rendent compte qu’ils ont un équilibre à trouver. On ne peut pas être ultra-bâtisseurs comme on ne peut pas non plus être ultra-contre-tout. »

 

« Il faut le temps que tout le monde au contact des investisseurs mette en route »

 

- Combien de temps faudra-t-il pour que le statut du bailleur se traduise concrètement dans les ventes ?

 

« Le temps qu'il soit adopté, compris, appréhendé… il faudra un mois ou deux avant que tous les acteurs se mettent en route et que les investisseurs suivent. Le premier trimestre 2026, nous ne verrons pas encore les effets puisque nous sommes déjà mi-février. Je compte fortement sur une reprise au deuxième trimestre, pour atteindre la vitesse de croisière au troisième et quatrième trimestre. »

 

- Sur quels points êtes-vous vigilant dans le suivi du plan de relance logement ?

« Je suis attentif sur tout. Le Premier ministre m'a demandé de faire un point d'une heure tous les mois. Nous allons regarder ce qui marche, ce qui ne marche pas, et ajuster si nécessaire. S’il faut recalibrer le dispositif Jeanbrun, si l’absence de zonage n’est pas pertinente, s’il faut intégrer la maison neuve, s'il faut permettre de louer aux proches, s’il faut réduire le niveau de l’enveloppe des travaux dans l’ancien, s’il faut revoir les critères du HSCF sur le reste à vivre des investisseurs, tout pourra être revu. Nous avons l'engagement d'arriver à 2 millions de logements d’ici 2030 et la fin justifiera les moyens. »