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Pascal Boulanger, FPI : « Sans statut du bailleur privé, on voit que la machine du logement neuf reste totalement à l'arrêt »

Pascal Boulanger, président de la FPI, plaide pour le statut du bailleur privé, clé selon lui pour relancer un marché du neuf en crise.

Tags : Immobilier neuf, logement neuf, FPI, Pascal Boulanger


Le président de la Fédération des promoteurs immobiliers, FPI, Pascal Boulanger, revient sur la situation critique du logement neuf en France et sur l’urgence d’adopter le statut du bailleur privé, malgré l’incertitude politique.



- Vous étiez confiant avant l’été sur l’avancée du statut du bailleur privé. Où en est-on aujourd’hui alors que le gouvernement Bayrou risque de tomber ?

 

« Nous pensions avancer avec ce dispositif dans le prochain projet de loi de finances, mais finalement, on a l’impression de repartir de zéro. Pourtant, la Fédération a fait son travail : le rapport parlementaire Daubresse-Cosson a été validé par le ministère du Logement et par Matignon. J’ai encore échangé ce week-end avec le Premier ministre, qui est convaincu de la nécessité de ce statut. Même s’il risque de quitter ses fonctions prochainement, il peut encore donner des consignes à son successeur pour que le dispositif figure bien dans la loi de finances. »

 

- Les fonctionnaires de Bercy sont-ils, eux aussi, convaincus car eux vont rester ?

 

« Oui, je le crois. Ce statut est quasiment apolitique et je fais tout pour qu’il le reste. J’ai rencontré plusieurs présidents de groupes parlementaires pour les sensibiliser. La semaine dernière encore, à la REF, j’ai eu un échange avec Amélie de Montchalin. Elle n’était pas farouchement opposée, au contraire. Donc je reste optimiste : l’évidence finira par s’imposer. »

 

- Pourquoi ce statut est-il si indispensable ?

 

« Parce que les chiffres sont catastrophiques. Les investisseurs particuliers, qui étaient plus de 60 000 par an, sont tombés à moins de 10 000. C’est une division par plus de 6 ! Sans eux, on ne peut pas lancer nos opérations. Ce sont généralement les premiers acheteurs, ceux qui permettent d’atteindre le quota de ventes nécessaire pour démarrer un chantier. Les propriétaires occupants, eux, arrivent ensuite, une fois rassurés sur la sortie de l’immeuble. Sans investisseurs, rien ne tourne. »

 

- Justement, où en est la demande des propriétaires occupants ?

 

La maladie du promoteur : la hausse du stock dur, des logements achevés non vendus, inquiète la Fédération des Promoteurs Immobiliers. © Shutterstock
« Elle repart légèrement. Les chiffres restent bas, mais il y a un petit frémissement grâce au prêt à taux zéro élargi et le dispositif sur les donations. La baisse des taux d’intérêt aide aussi. En revanche, du côté des investisseurs, avec la fin du Pinel et l’absence de tout dispositif de soutien, le marché est totalement déserté. »

 

- Certains promoteurs se tournent pourtant vers le modèle LLI. Est-ce une alternative pour les investisseurs ?

 

« Le LLI fonctionne bien pour certains, comme GreenCity à Toulouse avec Stéphane Aubay, qui est un peu le pionnier de ce système. Il y a encore une réticence des banques, mais les notaires acceptent, l’administration fiscale a validé, donc ça progresse. Mais le statut du bailleur privé sera plus simple et plus lisible pour les particuliers. »

 

- La crise du neuf est-elle encore aggravée par la question du stock livré non vendu ?

 

« Oui, c’est le grand danger actuel. Le « stock dur » – des logements achevés mais invendus – ne cesse d’augmenter pour atteindre 12 %, contre une moyenne de long terme de 7 %. Ce sont des fonds propres ou des crédits promoteurs qui restent immobilisés. C’est la maladie du promoteur. Malgré une offre globale en baisse, la demande recule encore plus vite. La crise nourrit la crise. »

 

- Dans ce contexte incertain, quel message souhaitez-vous faire passer ?

 

« Qu’on ne perde pas de vue l’essentiel : construire du logement, c’est loger les Français. C’est un besoin fondamental, c’est aussi un beau métier qu’être promoteur. Le climat économique, politique et international pèse sur la confiance des ménages comme des investisseurs. Mais je crois que le statut du bailleur privé peut casser cette spirale négative et remettre en route une machine aujourd’hui totalement arrêtée. »