Raphaël Emin, Demathieu Bard Immobilier : « Nous avons des atouts solides pour préparer la sortie de crise »

Face à une conjoncture tendue, Demathieu Bard Immobilier affiche sa résilience et maintient son cap. Son nouveau directeur général depuis l’automne dernier, Raphaël Emin, revient sur les leviers qui assurent la stabilité du groupe et sur les perspectives d’un redémarrage progressif de l’activité pour 2025, entre prudence et opportunités de marché.
- Vous venez de tenir votre convention annuelle. Quel était l'objectif de cet événement pour vos collaborateurs ?
« Une convention annuelle, c’est un moment important pour faire le point sur l’année écoulée et se projeter sur l’avenir. Nous avons ainsi présenté les résultats de 2024 et défini nos axes stratégiques pour 2025, en tenant compte du contexte économique et sectoriel. Il était également essentiel de rassurer nos équipes face aux incertitudes du marché. Certes, nous avons des motifs d’inquiétude, mais nous restons raisonnablement confiants grâce à nos fondamentaux solides. »
- Contrairement à bon nombre de vos confrères, vous n’avez procédé à aucun licenciement. Est-ce un signe de la solidité de votre groupe ?
« Absolument. Notre priorité a toujours été de préserver nos effectifs et notre outil de travail. C’est un travail de tous les jours. Nous nous efforçons de maintenir notre stabilité financière pour traverser cette période difficile. L’objectif est de tenir bon pendant encore deux ou trois ans pour ressortir renforcés de la crise. Ceux qui parviennent à conserver leur structure intacte auront un avantage significatif lorsque le marché redémarrera. »
- Comment se porte Demathieu Bard Immobilier dans ce contexte ?
« Nous avons la particularité de ne pas nous concentrer uniquement sur le logement. Cette diversification nous permet de mieux absorber les chocs du marché. En 2024, notre chiffre d’affaires s’est stabilisé par rapport à 2023 avec une prise de commande de 280 millions d’euros et une activité globale au-delà des 300 millions d’euros. La vente de logements en accession représente environ 35 % de notre chiffre d’affaires, soit près de 700 logements.
Malgré une conjoncture difficile, nous avons maintenu des résultats positifs chaque année. Nos marges sont certes plus faibles, mais nous avons toujours su dégager un bénéfice, ce qui est un atout dans cette période de turbulence. »
- Votre stratégie repose donc sur la diversification des activités ? Comment anticipez-vous 2025 ?
« Exactement. Historiquement, nous avions une majorité de logements en accession. Aujourd’hui, nous avons rééquilibré notre activité entre trois segments : un tiers de vente en accession, un tiers de vente en bloc et un tiers en CPI (contrats de promotion immobilière). Ce modèle nous permet de mieux résister aux fluctuations du marché et d’ajuster notre stratégie en fonction des opportunités. Pour 2025, nous tablons sur une augmentation des ventes. En 2024, nous avons réalisé 700 ventes au détail, et nous prévoyons d’atteindre 800 en 2025. Depuis septembre dernier, nous observons une reprise des ventes grâce aux mesures gouvernementales comme le PTZ et une stabilisation des taux d’intérêt. »
- Vous avez effectué un repli sur la résidence principale ?
- Quels sont les atouts de Demathieu Bard Immobilier pour attirer les acquéreurs ?
« Un élément essentiel est la solidité de notre entreprise. Un acquéreur doit avoir confiance dans la capacité de son promoteur à livrer son bien dans les délais et les conditions prévues. Or, nous avons vu de nombreux acteurs en difficulté, certains déposant le bilan, laissant des chantiers inachevés. Les garanties existent, mais elles sont longues à activer. Nous, nous garantissons notre solvabilité et la livraison de nos projets. En parallèle, nous avons maintenu notre développement et remporté plusieurs grandes opérations, notamment l'îlot E3 Nord à Lyon Confluence, Paris-La Défense et Pornic. Ces projets stratégiques nous permettront d’être prêts pour la reprise attendue en 2026-2027. »
- Quels signes positifs voyez-vous pour l’avenir du marché ?
« Nous avons plusieurs indicateurs encourageants : stabilisation des taux, retour des acheteurs en bulle de vente, engagement volontariste du gouvernement et notamment de la ministre, Valérie Létard, sur le logement. Nos chiffres de leads et de réservations ont augmenté, et nous avons un portefeuille de projets plus solide que jamais. Tout cela nous permet d’aborder 2025 avec un optimisme mesuré. »
- Quels sont les lancements emblématiques de votre savoir-faire en ce printemps de l’immobilier ? Est-ce que des innovations sont prévues ?
« Nous révisons actuellement l’ensemble de nos gammes de logements pour proposer une montée en qualité, par exemple en intégrant davantage de domotique ou en permettant aux acquéreurs de l’intégrer ultérieurement. Nous nous assurons également que nos offres soient adaptées aux nouvelles attentes des acheteurs pour proposer des produits plus généralistes.
- Pour conclure, que souhaiteriez-vous voir évoluer dans les mois à venir ?
« Nous attendons un engagement politique lisible et opérationnel pour apporter de la visibilité aux acteurs du secteur comme aux acheteurs. Nous souhaitons notamment un dispositif de bailleur privé cohérent pour 2026, remplaçant les dispositifs actuels de manière clarifiée et rationnelle, qui pourra apporter de la variation selon si la location est en meublé, en meublé touristique, en non-meublé mais qui soit surtout un atout pour fluidifier le marché. Je crois que pour ça, la ministre et ses équipes sont assez en phase avec la promotion immobilière et c’est tant mieux. »