Férielle Deriche, SIBCA : « « Au début, il y avait quelques pionniers. Aujourd'hui, c'est le salon de tous »
Directrice du SIBCA, Salon de l’Immobilier Bas Carbone, Férielle Deriche revient sur le premier bilan de cette cinquième édition anniversaire, qui vient de réunir pendant trois jours au Grand Palais à Paris des centaines d’exposants et de speakers et des milliers de visiteurs. Engagements, économie circulaire, réemploi, hors-site, adaptation au changement climatique… Elle décrypte les tendances qui émergent et l’évolution du salon depuis sa création.
- Quel premier bilan tirez-vous de cette cinquième édition du SIBCA ?
Férielle Deriche : « Le premier bilan est positif sur deux plans. D’abord parce que nous voulons davantage d’action et d’engagement, au-delà des intentions. Je n’ai jamais vu autant de signatures ni autant d’engagements d’acteurs de toute la filière. Des professionnels rejoignent des démarches et signent des chartes auprès d’aménageurs, de métropoles ou encore d’acteurs comme l’Observatoire de l’Immobilier Durable.
Les engagements pris ici sont très concrets. Les ambitions sont importantes et les acteurs ont envie d’aller plus loin. Un salon qui, je crois, donne envie d’agir et qui impulse une dynamique.
C’est mon premier bilan positif. Le deuxième concerne la fréquentation. Nous attendions 12 500 visiteurs et avons dépassé les 15 000 avant même la fin du salon, soit une progression de plus de 20 % par rapport à l’an dernier. C’est la courbe de croissance du SIBCA, mais aussi, à mes yeux, celle du nombre d’acteurs qui souhaitent s’engager.
Le SIBCA est un salon de contenus et d’acculturation. On y vient rencontrer, sans frein et sans cloisonnement, les visionnaires, les prescripteurs et l’ensemble des acteurs de la filière. Nous avons accueilli cette année plus de 500 speakers et proposé un programme de conférences particulièrement riche. Cela montre aussi que nous avons encore besoin d’apprendre.
Le SIBCA a un positionnement très clair et un choix affirmé : celui du bas carbone, de l’immobilier responsable et de la responsabilité de l’ensemble de la filière, notamment en matière de bien-être et de santé.
Le salon a immédiatement trouvé un écho auprès des aménageurs, pour qui ces sujets constituent une préoccupation majeure, mais aussi auprès des territoires et des élus. Pour moi, les chiffres de cette édition traduisent cette dynamique : nous allons de plus en plus loin. »
- Quelles grandes tendances avez-vous identifiées cette année ? Le hors-site, le réemploi et l’économie circulaire prennent-ils réellement de l’ampleur ?
« Oui, ces sujets prennent de l’ampleur, notamment parce que les acteurs passent désormais à l’engagement concret. Au-delà du grand enjeu de santé publique et de la nécessité de construire un immobilier plus responsable, le SIBCA accueille désormais de véritables temps forts, mais aussi des lancements.
J’ai notamment vu émerger très fortement le sujet de l’économie circulaire. La Métropole du Grand Paris nous a ainsi réservé le lancement d’un groupement réunissant les métropoles de France autour de cette question, accompagné d’une charte d’engagement.
Tous les acteurs étaient présents : scientifiques, constructeurs, promoteurs, architectes… La charte a été présentée avec des clauses très concrètes. C’est aussi cela, le rôle du SIBCA : permettre d’apprendre, de donner un cadre et de faire émerger une responsabilité collective.
Je vois également émerger de nombreuses applications liées au dérèglement climatique. Nous avons notamment accueilli le lancement d’UCIX, une application qui permet de mesurer les risques climatiques auxquels sont exposés les bâtiments, quel que soit le type d’actif.
L’objectif n’est évidemment pas de nous faire peur, mais d’anticiper. Aujourd’hui, tout est dans l’anticipation. Lorsqu’un risque est identifié, qu’il concerne le bâtiment ou même le sol, il devient possible de prendre les mesures nécessaires en amont. Ces outils vont progressivement être au service de tous les acteurs.
Autre tendance : si tout le monde parle aujourd’hui des data centers, je ne voulais pas traiter ce sujet de manière classique. Je souhaitais l’aborder autrement. Ville de Demain, incubée à Station F, m’a justement proposé de traiter cette question sous un angle différent. Avec France Urbaine notamment, ils ont élaboré un guide à destination des élus.
Le titre de la conférence résumait parfaitement cette approche : « Data centers, la ruée vers l’or ». La salle était pleine et l’intérêt a été exceptionnel.
C’est finalement ce que je vois émerger au SIBCA : des sujets dont on parle déjà, mais qui sont ici structurés, documentés et surtout rendus concrets. Ils deviennent déployables. Le SIBCA est un salon d’acculturation, mais on y vient surtout pour apprendre et pour comprendre comment passer à l’action. »
- C’est déjà la cinquième édition. Avec le recul, comment avez-vous vu évoluer le SIBCA depuis sa création ?
« La première édition, en 2022, s’est tenue au Grand Palais Éphémère. C’était une première et nous partions véritablement d’une page blanche. Je ne m’attendais pas à un tel succès. Je me souviens encore des files d’attente devant les conférences et des visiteurs qui s’accrochaient littéralement à leurs chaises pour pouvoir assister aux débats. Je me suis alors demandé : que se passe-t-il ? Pourquoi ces conférences sont-elles aussi pleines ?
Cela signifiait que les visiteurs venaient réellement découvrir et apprendre. A l’époque, le bas carbone était encore un sujet très technique. On savait que nous devions nous engager dans cette voie, mais le fait de consacrer un salon entier à ces enjeux, avec des experts, des précurseurs et de grands noms engagés, a immédiatement rencontré son public.
Aujourd’hui, pour cette cinquième édition, nous avons six salles de conférences, dont la Salle des Sommets. C’est révélateur : tous les acteurs veulent prendre la parole parce qu’ils ont désormais des choses à partager. Je ne crois pas qu’il y ait une personne présente sur ce salon qui ne soit pas passionnée par ce qu’elle fait et fière de pouvoir montrer que c’est faisable et réalisable. Au début, il y avait quelques pionniers. Aujourd’hui, c’est le salon de tous.
Je vois les visiteurs s’arrêter sur les stands, discuter et échanger de manière très concrète. Ce qui a changé, c’est que nous avons compris. Nous savons désormais comment faire du bas carbone ou du décarboné. Et nous avons envie d’agir collectivement.
C’est véritablement le collectif qui s’est installé.
Les acteurs de toute la chaîne de valeur se serrent la main et vont faire des choses ensemble. Certains me donnent déjà rendez-vous en 2027.
Si les réalisations présentées cette année sont de plus en plus remarquables, c’est aussi parce qu’il existe désormais davantage de réalisations et de rénovations bas carbone. La maîtrise d’ouvrage, la maîtrise d’œuvre et les différents acteurs viennent les présenter ensemble, en montrant très concrètement les solutions mises en œuvre.
Pour moi, c’est cela qui a changé : tout le monde agit et, surtout, il n’y a plus cette crainte, il n’y a plus ce frein. »