Centre-Val de Loire : le logement neuf sort-il vraiment de la crise ?
Autorisations, ventes, prix, stocks : le marché immobilier neuf du Centre-Val de Loire reste fragile début 2026. Si Tours conserve une dynamique correcte, Orléans accumule les invendus tandis que Chartres amorce un retour progressif des lancements.
Après trois années de fort ralentissement, le marché du logement neuf en Centre-Val de Loire amorce un léger redressement, mais la reprise reste encore plus qu’hésitante. Les derniers chiffres rapportés par l’Observatoire Ocelor montrent une stabilisation des autorisations autour de 10 000 logements par an, à fin février, tandis que les mises en chantier repassent au-dessus du seuil des 8 000 unités. Un signal encourageant après plusieurs exercices marqués par un net ralentissement de la production immobilière.
Avec 9 690 logements autorisés sur douze mois glissants, soit une hausse limitée de 1 %, la région demeure toutefois très éloignée des niveaux observés à l’été 2022, lorsque près de 19 000 logements avaient été autorisés. Dans le même temps, les logements commencés atteignent 8 235 unités, en progression de 4 %, signé d’une reprise encore très prudente des opérateurs.
Centre-Val de Loire : une reprise immobilière encore très inégale selon les départements
L’Indre-et-Loire confirme son statut de locomotive régionale avec une progression de 14 % des permis de construire délivrés. Le Cher affiche même un spectaculaire rebond de 96 %, tandis que l’Indre progresse de 38 %. A l’inverse, le Loiret recule encore de 18 %, l’Eure-et-Loir de 14 % et le Loir-et-Cher de 9 %.
Cette géographie contrastée reflète des marchés locaux très différenciés. Les secteurs où la demande résidentielle reste soutenue, notamment autour des grandes agglomérations universitaires et économiques, parviennent à maintenir une activité minimale. Ailleurs, les difficultés d’équilibre économique des opérations continuent de freiner les lancements.
Tours confirme sa résistance sur le marché de l’immobilier neuf
Parmi les principales métropoles régionales, Tours demeure le marché le plus solide malgré un ralentissement marqué de l’offre. Au premier trimestre 2026, seulement 54 logements ont été mis en vente, soit une chute de 71 % sur un an. Pourtant, la demande reste relativement soutenue avec 115 réservations enregistrées, même si les ventes reculent de 22 %.
Malgré ce recul des ventes d'appartements neufs à Tours, la cité tourangelle conserve une forte pression sur les prix. Les logements collectifs neufs atteignent désormais 4 601 €/m², en hausse de 6 %. Cette progression s’inscrit dans un contexte où le marché ancien continue lui aussi de grimper fortement, avec un prix moyen de 2 940 €/m² dans le collectif, soit une hausse annuelle de 7,1 %.
Le marché tourangeau se distingue cependant par un net repli des investisseurs. Les ventes en investissement locatif chutent de 52 %, avec seulement 35 réservations. Comme partout en France, la disparition progressive des dispositifs fiscaux avantageux et la hausse des coûts de financement réduisent fortement l’appétit des acquéreurs bailleurs.
Orléans : un marché sous tension avec une offre d’appartements neufs qui s’accumule
La situation apparaît toujours plus préoccupante pour le logement neuf à Orléans. La baisse des mises en vente y est particulièrement brutale avec seulement 36 logements commercialisés au premier trimestre, soit un recul de 63 %. Les ventes résistent mieux, avec 67 réservations : - 1 %, mais les indicateurs de stock se dégradent rapidement.
L’offre théorique y explose, passant de 25 à 43 mois de commercialisation, soit plus de trois ans et demi de ventes disponibles. Cette accumulation traduit un ralentissement du rythme d’écoulement des programmes neufs, dans un marché devenu plus attentiste.
Orléans concentre également une part importante des logements livrés mais invendus, avec 41 lots disponibles immédiatement, essentiellement des trois et quatre pièces.
Le logement neuf à Chartres retrouve des couleurs après une année blanche
Le marché chartrain montre, lui, quelques signes de redémarrage après plusieurs trimestres quasiment à l’arrêt. Après une absence totale de lancements commerciaux lors du premier et du quatrième trimestre 2025, 63 logements ont été remis sur le marché début 2026.
Les ventes repartent également à la hausse avec 32 réservations, soit une progression de 10 %. Le retour progressif des investisseurs constitue un autre élément positif : six ventes locatives ont été enregistrées, alors qu’aucune transaction de ce type n’avait été réalisée un an plus tôt.
Cette reprise de l'immobilier neuf à Chartres reste néanmoins fragile, notamment en termes de volume. L’offre théorique progresse fortement, gagnant sept mois supplémentaires. Dans le même temps, les prix poursuivent leur hausse pour atteindre 4 023 €/m², soit + 7 % sur un an.
Les ventes à occupants deviennent le moteur du marché régional
L’un des principaux enseignements du premier trimestre 2026 concerne l’évolution profonde de la structure de la demande. Alors qu’avant 2024 les investisseurs représentaient plus des deux tiers des réservations, ils ne pèsent désormais qu’un tiers des ventes. Au premier trimestre 2026, les ventes à occupants atteignent 150 logements, en baisse limitée de 7 %, tandis que les ventes à investisseurs chutent de 28 %, à seulement 83 réservations.
Le marché se recentre donc progressivement sur les acquéreurs occupants, notamment en TVA pleine. Les ventes réalisées dans ce cadre progressent même de 17 %, avec 98 réservations. En revanche, les ventes en TVA réduite reculent fortement ce trimestre. A voir si cette tendance se confirme au cours de l’année.
Une région qui reste en retrait face aux autres marchés français
Malgré quelques signaux de stabilisation, l'immo neuf en Centre-Val de Loire demeure l’une des régions les plus fragilisées du territoire. Avec seulement 230 réservations au premier trimestre 2026, le marché régional recule encore de 16 % sur un an.
A titre de comparaison, plusieurs grandes régions affichent déjà un retour à la croissance : + 12 % dans les Pays de la Loire, + 11 % en Normandie ou encore + 3 % en Occitanie.
Le Centre-Val de Loire reste ainsi confronté à une équation délicate : une production qui peine à redémarrer durablement, des investisseurs en retrait et des promoteurs encore très prudents dans leurs lancements commerciaux. Dans ce contexte, Tours apparaît aujourd’hui comme le marché le plus résilient, tandis qu’Orléans doit absorber un stock devenu abondant et que Chartres tente progressivement de renouer avec une dynamique plus soutenue.