Logement neuf : la FFB alerte sur une crise historique à la veille du plan gouvernemental
A la veille de la présentation du Plan Relance Logement, la Fédération française du bâtiment tire la sonnette d’alarme. Malgré un léger rebond début 2026, le logement neuf reste englué dans une crise profonde qui menace l'emploi, la croissance et l'offre de logements. De quoi compromettre déjà toute perspective de redressement durable.
A quelques heures de la présentation du Plan Relance Logement en Conseil des ministres, la Fédération française du bâtiment, FFB dresse un constat particulièrement sombre pour le logement neuf. Lors de son premier point de conjoncture à la tête de l'organisation, Frédéric Carré a décrit un secteur confronté à une crise d'une ampleur inédite, au point de remettre en cause l'efficacité même des mesures attendues du gouvernement.
Le logement neuf a perdu la moitié de son poids dans le bâtiment
Le recul du neuf apparaît comme le principal marqueur de la dégradation actuelle du marché. En quelques années, son poids dans l'activité du bâtiment est passé sous les 40 %, contre 60 % pour l’amélioration-rénovation. En valeur, l'activité générée par le logement neuf uniquement a chuté à 39 milliards d'euros, soit environ 20 %.
Pour la FFB, la situation rappelle les années 1990. « On revient au niveau des années 90 où le secteur avait perdu 300 000 emplois à l'époque », souligne l'organisation. Depuis le début de l'année 2023, le bâtiment a déjà détruit plus de 53 000 emplois, dont environ 11 000 sur les douze derniers mois.
Des mises en chantier toujours très insuffisantes
Malgré un rebond technique observé en 2025, alimenté notamment par la légère détente des taux d'intérêt et le retour du prêt à taux zéro, PTZ universel, la production de logements reste très éloignée des besoins.
La FFB estime que le rythme annuel atteint aujourd'hui 321 000 logements autorisés, soit 35 000 unités de moins que la moyenne observée sur les quatre dernières décennies. Surtout, ce niveau demeure très loin des 420 000 logements annuels jugés nécessaires pour répondre à la demande sur la période 2026-2035. Le redressement constaté depuis quelques mois montre déjà des signes d'essoufflement. « Le tassement va s'accentuer », prévient Frédéric Carré.
Promotion immobilière : une « catastrophe historique » dans le collectif
Les difficultés sont particulièrement marquées dans le logement collectif neuf. Les commercialisations des promoteurs poursuivent leur recul et l'offre nouvelle s'effondre. Au premier trimestre 2026, à peine 11 000 logements ont été mis en vente, soit une baisse de 30,7 % sur un an. Pour la FFB, il s'agit d'une véritable « catastrophe historique ».
Le marché des maisons individuelles résiste un peu mieux mais montre, lui aussi, des signes de ralentissement. Après avoir progressé de 23 % sur un an en début d'année, la hausse n'est plus que de 4,6 % sur les trois derniers mois. Les ventes restent par ailleurs très inférieures à leur moyenne historique. Avec 69 100 maisons vendues sur douze mois, le marché accuse encore un déficit de près de 50 000 unités par rapport à sa moyenne des vingt dernières années.
Crédit immobilier : la FFB pointe le rôle du HCSF
Pour expliquer cette crise persistante du neuf, la fédération met en avant plusieurs facteurs. Au-delà du climat d'incertitude économique, elle pointe le récent rebond des taux d'intérêt ainsi que les conditions d'accès au crédit. « En dehors de l'inquiétude générale, il y a le rebond des taux d'intérêt et les normes trop restrictives du HCSF alors que le risque de sinistralité reste très faible en France », rappelle le président de la FFB.
L'organisation réclame ainsi un assouplissement des règles du Haut Conseil de stabilité financière, qu'elle juge pénalisantes pour les investisseurs locatifs mais également pour les primo-accédants.
Un plan de relance déjà fragilisé ?
A la veille de sa présentation officielle, le Plan Relance Logement suscite donc davantage d'interrogations que d'espoirs au sein de la profession. Frédéric Carré estime même que le dispositif est déjà « compromis » si les conditions de financement continuent de se dégrader et si les mesures de soutien au logement neuf ne sont pas renforcées.
Pour le nouveau président de la FFB, l'enjeu dépasse désormais le seul secteur de la construction : « Rien ne se fera sans le bâtiment, c'est ce qui sauvera la France de la crise actuelle ».