France : le paradoxal leader du logement neuf européen
Alors que la France traverse sa plus profonde crise dans la construction, elle demeure championne du logement neuf européen. Entre pénurie de logements et incertitudes liées au Moyen-Orient, cette position paradoxale interroge sur l’avenir du résidentiel en Europe.
Malgré une crise persistante, la France construit davantage que ses voisins européens. Alors que la France traverse une crise historique dans la construction, elle demeure le pays ayant livré le plus de logements neufs en Europe en 2025, selon la dernière étude de l’équipe Recherche & Stratégie Europe d’AEW. Une situation improbable qui interroge sur les perspectives du résidentiel européen face aux tensions au Moyen-Orient.
La France, championne des livraisons malgré la crise
En 2025, la France a construit 272 000 logements, devant l’Allemagne (220 000) et le Royaume-Uni (165 000), malgré une baisse de 17 % par rapport à l’année précédente. Ce paradoxe s’explique par un marché français très régulé et des incitations fiscales encore attractives.
Irène Fossé, Executive Director, Recherche & Stratégie Europe d’AEW, souligne : « Les livraisons de logements neufs restent limitées dans la plupart des marchés européens, même si nous anticipons une augmentation progressive des mises en chantier en 2026-2028. »
Pénurie de logements et tension locative partout en Europe
Malgré cette domination française, l’offre reste insuffisante dans de nombreuses métropoles européennes. Aux Pays-Bas, le parc locatif privé a reculé de 8 % en 2025 avec 65 000 logements vendus, tandis que les locations courte durée explosent dans des villes comme Lyon, Milan, Francfort et Paris.
A Paris, l’encadrement des locations réduit la durée autorisée à 90 nuits par an, contre 120 auparavant, provoquant une baisse de 15 % des annonces sur Airbnb. Malgré cela, la pression sur le parc locatif long terme ne cesse de croître.
Loyers prime : croissance robuste malgré l’incertitude
La rareté de l’offre et la demande soutenue stimulent les loyers prime. En 2025, ils ont progressé de 3,3 % et devraient croître de 3,2 % par an entre 2026 et 2030, au-dessus de l’inflation estimée à 2 %, prévient AEW.
« La majorité des mesures d’encadrement des loyers en Europe ne s’appliquent pas aux logements neufs, souvent situés dans le segment prime », rappelle l’étude AEW. Paris, Madrid, Munich et Amsterdam devraient dépasser la moyenne européenne, tandis que Londres voit ses perspectives légèrement revues à la baisse, en raison de nouvelles règles locatives.
Quels scénarios européens face aux tensions au Moyen-Orient ?
Dans le même temps, le récent conflit au Moyen-Orient pourrait entraîner une hausse durable de l’inflation et des taux d’intérêt, prévoit AEW. Dans ce scénario pessimiste, les rendements résidentiels européens chuteraient à 6,6 % par an, contre 7,4 % dans le scénario central. Pourtant, le déséquilibre persistant entre offre et demande garantit des revenus locatifs stables et une résilience du marché résidentiel.
En clair, le paradoxe français illustre une réalité européenne : même en crise, le résidentiel neuf attire investisseurs et locataires, d’autant plus quand une partie du globe est en proie à l’incertitude. L’immobilier géré, avec ses taux d’occupation élevés, constitue par exemple une alternative stratégique, consolidant toujours plus l’intérêt pour le résidentiel en Europe à moyen terme.