Logement neuf : le point bas de la crise historique est-il enfin derrière nous ?
Après deux années de crise profonde, après un dernier trimestre 2025 historiquement bas, le marché du logement neuf reste dans le dur en ce début 2026, d’après les chiffres officiels du ministère du Logement. Les réservations aux particuliers se stabilisent, mais l’effondrement des mises en vente continue d’alimenter les tensions sur l’offre.
Le ministère du Logement vient d’annoncer des chiffres un peu meilleurs que ceux présentés par la Fédération des Promoteurs Immobiliers la semaine dernière ; mais rien pour rassurer durablement la promotion immobilière. En effet, après un dernier trimestre 2025 historiquement bas, les réservations de logements par des particuliers rebondissent modestement, tandis que les mises en vente continuent de décrocher fortement. Dans le même temps, les stocks disponibles diminuent progressivement, conséquence directe du recul persistant de la production neuve.
Dans le détail des chiffres officiels du SDES, avec 16 502 réservations enregistrées au premier trimestre 2026 en données CVS-CJO, le secteur affiche une progression de 4 % par rapport au trimestre précédent. Une amélioration qui reste toutefois fragile : sur un an, le marché demeure quasiment stable, avec un léger recul de 0,1 % par rapport au premier trimestre 2025. Est-ce enfin le point bas de la crise historique que traverse la promotion immobilière depuis 2022 ?
Des ventes de logements neufs toujours divisées par 2
Le très léger regain observé début 2026 intervient après le creux historique au trimestre dernier, sous la barre des 16 000 ventes, comme déjà fin 2023. Le début de l’année 2025 avait aussi laissé espérer une reprise avec 16 410 réservations au premier trimestre, niveau quasiment identique à celui observé au premier trimestre 2026. La comparaison entre ces deux périodes illustre surtout une stabilisation du marché plus qu’un véritable rebond.
La hausse du début 2026 est principalement portée par le collectif. Les appartements enregistrent 15 654 réservations, soit une progression trimestrielle de 4,3 %. Les deux-pièces et trois-pièces tirent particulièrement l’activité avec des hausses respectives de 8,5 % et 5 %.
A l’inverse, le segment des maisons individuelles en promotion continue de souffrir. Seulement 848 maisons ont été réservées au premier trimestre 2026, en baisse de 0,9 % sur trois mois et de 6,6 % sur un an.
La chute persistante des mises en vente aggrave la pénurie d’offre
Le véritable signal d’alerte du marché se situe du côté de l’offre commerciale. Les promoteurs n’ont mis en vente que 13 939 logements au premier trimestre 2026, soit une baisse de 12,7 % par rapport au trimestre précédent.
La comparaison annuelle est encore plus brutale. Au premier trimestre 2025, près de 19 885 logements avaient été commercialisés. En un an, le recul atteint donc 31,3 %. Cette chute prolonge un mouvement engagé depuis plusieurs années. En 2021, les mises en vente dépassaient régulièrement les 30 000 logements par trimestre. Désormais, le marché évolue autour de 14 000 à 16 000 unités trimestrielles, soit un niveau historiquement bas.
Le recul concerne aussi bien les appartements que les maisons individuelles. Les mises en vente d’appartements chutent de 11,5 % sur le trimestre et de 32 % sur un an. Les maisons individuelles reculent encore davantage, avec une baisse trimestrielle de 28,4 %.
Cette faiblesse persistante de l’offre traduit les difficultés structurelles du secteur : hausse des coûts de construction, raréfaction du foncier, durcissement des conditions de financement et ralentissement des lancements de programmes, face à une demande absente.
Le stock de logements neufs diminue pour la première fois depuis plusieurs années
Conséquence directe de la baisse des commercialisations, le stock de logements disponibles commence à se contracter. A la fin du premier trimestre 2026, l’encours national atteint 118 927 logements, en baisse de 3,1 % sur trois mois.
La comparaison avec le premier trimestre 2025 confirme ce retournement. A cette période, le marché comptait encore 120 818 logements disponibles. La baisse annuelle atteint désormais 1,5 %.
Cette évolution tranche avec la dynamique observée entre 2022 et 2024, période durant laquelle les stocks avaient fortement augmenté sous l’effet du ralentissement des ventes. L’encours était ainsi monté jusqu’à plus de 134 000 logements à l’été 2023.
Le collectif représente l’essentiel du stock, avec 110 978 appartements disponibles. Le délai moyen d’écoulement d’un appartement neuf reste néanmoins élevé, à 7,2 trimestres, même s’il s’améliore légèrement par rapport aux 7,5 trimestres observés fin 2025.
Pour les maisons individuelles, la situation reste plus tendue encore : le délai d’écoulement atteint 9,3 trimestres.
Les prix de l’immobilier neuf résistent malgré la faiblesse du marché
Contrairement à ce que pourrait laisser penser le ralentissement du secteur, le coût d’un logement neuf demeure relativement élevé. Le prix moyen des appartements atteint 4 990 euros le mètre carré au premier trimestre 2026, en hausse de 0,8 % sur un trimestre.
Les maisons individuelles affichent en revanche un léger repli. Le prix moyen ressort à 343 576 euros, soit une baisse trimestrielle de 3,8 %.
Cette résistance des prix s’explique notamment par le coût technique des logements : prix du foncier auquel s’ajoute le coût de construction et des réglementations.
Les zones tendues concentrent toujours l’essentiel du marché du neuf
Les territoires les plus denses continuent de dominer largement la commercialisation du logement neuf. Les zones A et A bis regroupent à elles seules 51,4 % des réservations et près de la moitié des mises en vente nationales. La zone B1, qui correspond principalement aux grandes métropoles régionales, représente quant à elle 38,8 % des réservations.
Ce sont d’ailleurs les seuls territoires où les ventes progressent réellement au début de 2026. Les réservations augmentent de 2,8 % dans les zones A et A bis et de 9,2 % en zone B1. A l’inverse, les zones B2 et C enregistrent un net ralentissement de la demande.
En clair, le secteur du neuf reste profondément fragilisé et devrait continuer à fonctionner sous tension. Faute de demande solvable, malgré des besoins, les promoteurs préfèrent différer le lancement de nouveaux programmes neufs. Impossible donc pour le moment de retrouver les volumes d’avant-crise.