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Plan Relance Logement : le grand pari de l'exécutif pour débloquer la construction

Le plan « Relance Logement » a pour objectif de construire 2 millions de logements d’ici 2030, soit 400 000 logements neufs par an. © DR

Tags : Immobilier neuf, logement neuf, dispositif Jeanbrun, Plan Relance Logement


Face à l’effondrement de la production et à une crise du logement devenue structurelle, le gouvernement dévoile (enfin) un plan de relance d’ampleur. Objectif affiché de ce plan ambitieux sur le papier : construire 2 millions de logements d’ici 2030 et faire ses preuves sur le terrain pour réamorcer la machine.



Est-ce enfin le bout du tunnel pour le logement ? Chute historique des mises en chantier, accès au logement de plus en plus difficile pour les ménages modestes et les classes moyennes, raréfaction de l’offre locative : les signaux d’alerte se sont progressivement multipliés dans l’hexagone ces dernières années. Entre décembre 2024 et novembre 2025, les mises en chantier ont reculé de 22 % par rapport à la moyenne des cinq années précédentes, tandis que l’offre locative privée a chuté de 15 % en cinq ans, selon le gouvernement. Découvrir également - Logement neuf : des autorisations en berne et une relance toujours bloquée
Face à cette situation jugée « critique », l’exécutif a décidé de frapper fort avec un plan de relance d’ampleur, présenté le 23 janvier 2026 à Rosny-sous-Bois.

 

Objectif 2030 : 2 millions de logements neufs pour créer une rupture

 

Pour la première fois depuis le quinquennat de François Hollande, un cap chiffré est officiellement posé. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé un objectif de 2 millions de logements construits d’ici à 2030, soit 400 000 logements par an. « Il s’agit de créer une rupture », a-t-il déclaré lors de son déplacement en Seine-Saint-Denis, quelques heures après le rejet de motion de censure dans le cadre du budget 2026.
Cette trajectoire correspond aux besoins estimés par le service statistique de l’État (SDES) et vise à répondre à une demande devenue massive, notamment dans les zones tendues mais aussi dans les territoires ruraux.

 

Relancer l’offre : un choc de construction dans le neuf et le social

 

Le plan « Relance Logement » repose sur trois axes et d’abord sur une relance rapide de la production. Dans le parc privé, le gouvernement vise 50 000 logements locatifs neufs dès 2026, en complément des logements dédiés à l’accession à la propriété. Côté logement social, l’objectif est fixé à 125 000 logements construits par an dès 2026, alors que près de 2,9 millions de dossiers sont actuellement en attente chez les bailleurs sociaux.
Pour soutenir cet effort, l’État annonce 500 millions d’euros supplémentaires en faveur de 700 bailleurs sociaux, afin de construire davantage et d’accélérer la rénovation du parc existant.


Nouveau dispositif fiscal Jeanbrun : le pilier de la relance


Le Premier ministre, Sébastien Lecornu et le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun à Rosny-sous-Bois pour présenter le plan « Relance Logement ». © DR
Cœur du plan, le nouveau dispositif fiscal d’investissement locatif, baptisé mécanisme Jeanbrun, se veut plus ambitieux que le Pinel, supprimé fin 2024. Il s’appliquera sans zonage, partout en France, et concernera aussi bien le neuf que l’ancien sous conditions de travaux.
Pour le neuf, l’amortissement fiscal atteindra 3,5 % par an pour le loyer intermédiaire, 4,5 % pour le social et 5,5 % pour le très social, avec des plafonds pouvant aller jusqu’à 12 000 euros par an.
Face à cette crise terrible du logement, nous enclenchons tous les outils possibles et imaginables pour la résoudre », affirme le ministre du Logement Vincent Jeanbrun dans Ouest-France, revendiquant un dispositif qui doit provoquer « une bouffée d’oxygène, un choc d’offres grâce à l’investissement », permettant de lancer près de 50 000 logements neufs dès la première année.

 

Accélérer, simplifier, décentraliser : le rôle clé des maires

 

Au-delà du financement, le gouvernement veut lever les freins administratifs. Vincent Jeanbrun assume un « choc de simplification » à venir, comparé aux « JO du logement » ou au chantier de Notre-Dame. Objectif : réduire drastiquement les délais de production.
Parmi les mesures annoncées figurent la simplification du droit de l’urbanisme, la limitation des recours, la création de « zones à bâtir d’urgence » bénéficiant de dérogations temporaires, ainsi qu’un renforcement du rôle des maires dans l’attribution des logements sociaux. « L’idée est de donner des quotas aux maires et même un droit de veto », précise le ministre, qui présentera d’ici ce printemps une grande loi pour le logement, pour reprendre ces propositions.

 

Transformation, rénovation énergétique et lutte contre le mal-logement

 

Le plan entend également accélérer la transformation des bureaux vacants en logements, notamment dans les zones d’activité en perte d’attractivité, et faciliter la remise sur le marché des logements classés F et G. MaPrimeRénov’ est maintenue, avec un calendrier stabilisé dès 2026. « Il n’y aura plus de stop and go », assure Vincent Jeanbrun, alors que 80 000 dossiers sont actuellement en attente. Objectifs : fluidifier le parcours résidentiel et lutter contre le mal-logement.

 

Les professionnels du logement saluent un signal fort… mais appellent à l’action

 

Les acteurs du logement accueillent favorablement le plan « Relance Logement », perçu comme un changement de cap attendu. Pour le Pôle Habitat FFB, ce plan traduit une « prise de conscience claire de la gravité de la crise du logement et une volonté affirmée d’agir aux côtés des professionnels ». Le promoteur Cogedim salue « des réponses concrètes et équilibrées » et estime que le nouveau dispositif d’investissement locatif « va permettre de répondre au besoin des Français de se loger à des loyers abordables », selon son directeur général Vincent Ego.
Même analyse chez Nexity. Sa présidente-directrice générale, Véronique Bédague, se félicite sur les réseaux sociaux de voir « le logement des Français enfin à l’agenda politique », évoquant « un signal fort, et attendu ». Pour autant, prévient-elle, « l’essentiel reste devant nous ». « La réussite dépendra de la mise en œuvre des engagements pris et de l’efficacité réelle des mesures choisies », souligne-t-elle, appelant à des dispositifs « véritablement opérants » pour permettre de construire et rénover rapidement.

 

Un pacte État-professionnels pour relancer durablement le logement


Symbole de cette mobilisation collective, un pacte de relance a été signé entre l’État et l’ensemble des fédérations du secteur : promoteurs représentés par la FPI, le bâtiment par la FFB, l’immobilier par la FNAIM et le logement social par l’USH. L’exécutif parie sur une dynamique de confiance retrouvée pour atteindre, d’ici à 2030, les 2 millions de logements supplémentaires promis.
Reste désormais à transformer l’essai, dans un contexte économique et politique encore incertain, mais avec un cap clairement affiché : remettre, enfin, la production de logements au cœur des priorités nationales.