Logement neuf : pourquoi l'adage « maire bâtisseur, maire battu » ne tient plus ?

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Contrairement aux idées reçues, construire des logements ne condamne pas les maires dans les urnes. Une étude de L’Institut Paris Région vient de mettre en lumière des réalités locales bien plus nuancées, où stratégie politique et pédagogie jouent un rôle déterminant dans la construction en Ile-de-France.

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L'Institut Paris Région vient de démonter dans une étude l'adage « maire bâtisseur, maire battu » en Ile-de-France. © Fotolia

Contrairement aux idées reçues, construire des logements ne condamne pas les maires dans les urnes. Une étude de L’Institut Paris Région vient de mettre en lumière des réalités locales bien plus nuancées, où stratégie politique et pédagogie jouent un rôle déterminant dans la construction en Ile-de-France.

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A chaque échéance municipale, la même formule s'impose dans le débat public : « maire bâtisseur, maire battu » ou comment construire exposerait les élus à une sanction dans les urnes. L'étude publiée par L'Institut Paris Région vient plus que nuancer cette lecture.

 

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Une idée reçue que les nouveaux maires doivent bousculer rapidement

 

Dès l'entame des nouveaux mandats, les enjeux sont pourtant considérables. Comme le souligne Nicolas Bauquet, directeur général de l'Institut Paris Région : « Dans un contexte de forte tension sur le logement et de ralentissement de la production, les premiers mois de mandat constituent une période décisive. Les enseignements de l'étude invitent les nouvelles équipes municipales à s'emparer pleinement des leviers de l'action locale : assumer un projet urbain [...] et inscrire la production de logements dans une trajectoire territoriale partagée. »
Autrement dit, la question n'est pas tant de construire ou non, mais de savoir comment et avec quel récit politique.

 

Une production de logements jusqu'ici historiquement dynamique en Ile-de-France

 

L'Ile-de-France s'est imposée ces dernières années comme l'un des territoires les plus dynamiques en matière de construction neuve. Cette singularité repose sur un écosystème solide où se mêlent acteurs publics, parapublics et privés, capable de soutenir une production élevée malgré les contraintes économiques.
Entre les années 2000 et 2010, puis sur la décennie suivante, la progression est nette : le nombre moyen de logements mis en chantier est passé d'environ 42 000 à près de 66 000 par an. Cette croissance s'est accompagnée d'une évolution des pratiques, avec un recours accru à la densification et au recyclage urbain, dans le but de limiter l'artificialisation des sols.
La petite couronne a notamment connu une accélération spectaculaire, dépassant progressivement la grande couronne en volume de production. Mais depuis 2022, le marché marque un net ralentissement, avec des niveaux de construction retombés à des seuils historiquement bas.

 

Un quart de communes bâtisseuses aux stratégies différenciées

 

L'analyse menée sur plus de 1 200 communes franciliennes met en évidence une grande diversité de trajectoires. Parmi elles, 320, soit un quart, concentrent l'essentiel de la production régionale, et 77 se distinguent par une intensité particulièrement élevée.
Ces communes très bâtisseuses, souvent situées dans des zones denses, privilégient le renouvellement urbain et la construction de logements collectifs, avec une part significative de logements sociaux. D'autres territoires, en périphérie, combinent extension urbaine et densification progressive.
Cette typologie révèle une réalité complexe : la construction ne répond pas à un modèle unique mais s'adapte aux contraintes foncières, économiques et démographiques locales, rapporte l'étude.

 

Municipales 2026 : des maires bâtisseurs loin d'être systématiquement battus

 

L'un des apports majeurs de l'étude concerne l'analyse des résultats électoraux récents. Contrairement à l'idée reçue, les communes les plus constructives ne connaissent pas de sanction généralisée.
Certes, une part légèrement plus élevée de maires sortants y a été battue. Mais les écarts restent faibles et, surtout, plus de 70 % des équipes municipales en place ont été reconduites dans les communes les plus bâtisseuses.
Un élément clé vient éclairer ces résultats : le niveau de concurrence électorale. Dans les territoires denses, le nombre de listes est nettement plus élevé, ce qui fragmente l'électorat et augmente mécaniquement le risque de défaite, indépendamment des politiques menées.

 

Le poids déterminant des contextes locaux

 

L'étude de l'IPR montre qu'il est impossible d'établir un lien direct entre construction et sanction électorale. Les défaites observées s'expliquent souvent par des facteurs locaux : divisions politiques, stratégies de succession ou situations personnelles des élus.
Dans certains cas, des projets urbains ont pu cristalliser des oppositions. Mais ces situations restent marginales et ne suffisent pas à valider l'idée d'un rejet global des politiques de construction.

 

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Des expériences de terrain qui contredisent le cliché

 

L'enquête qualitative menée dans sept communes franciliennes, comme Meaux, Villejuif, Arpajon... confirme cette tendance. Six équipes sortantes sur sept ont été réélues, parfois très largement, démontrant que la construction peut être compatible avec une forte adhésion électorale.
Lorsque les projets sont assumés et expliqués, ils peuvent même renforcer la légitimité des élus, analyse l'IPR. La production de logements s'inscrit alors dans une vision globale du développement territorial, perçue positivement par les habitants.

 

« Maire bâtisseur » : une étiquette pourtant largement rejetée par les élus

 

Paradoxalement, si les maires construisent, ils refusent majoritairement l'étiquette de « bâtisseur ». Jugée réductrice et connotée négativement, elle est rarement revendiquée. Jean-François Copé, maire de Meaux, l'exprime clairement : « à soi seul, le terme de maire bâtisseur est trop réducteur pour faire un projet politique. »
Même prudence du côté des élus locaux interrogés dans l'étude. Mohamed Gnabaly, maire de L'Île-Saint-Denis, précise : « On assume la volonté politique de construire, mais on n'utilise pas le terme de bâtisseurs. » De son côté, Sonia Brau, maire de Saint-Cyr-l'École, rappelle sa responsabilité de long terme : « Le rôle de maire [...] c'est d'avoir une vision à 10, 20, 30 ans. »
D'autres témoignages soulignent le poids des perceptions : « maire bâtisseur n'est pas une étiquette qui me convient. C'est un terme associé au fait de bétonner », indique Christian Béraud, ancien maire d'Arpajon. Une image que beaucoup d'élus, en dehors du maire de Clamart, cherchent à éviter, dans un contexte où la densification suscite des réticences.

 

Dépasser un slogan devenu obsolète

 

Au final, l'étude de L'Institut Paris Région invite donc à dépasser un raccourci devenu inadapté aux réalités d'aujourd'hui. Loin d'être un facteur automatique de défaite, la construction apparaît comme un levier politique à part entière.
Le succès des maires dépend moins du volume de logements produits que de leur capacité à porter un projet cohérent, à en expliquer les bénéfices et à répondre aux attentes locales. Une conclusion qui ouvre des perspectives nouvelles, d'autant plus dans le contexte actuel de crise historique du logement neuf. Elle montre que les élus peuvent agir sans craindre systématiquement le verdict des urnes, à condition de maîtriser leur stratégie et leur discours.

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