Barbara Attia, psychologue urbaine : « L'écoute des habitants est la clé »

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Fondatrice d’Hurba, premier cabinet de psychologie urbaine français en 2016, Barbara Attia a aussi souhaité développer un outil novateur, l’Observatoire Santé et Qualité de Vie Urbaine. Testé début 2022 sur un échantillon de plus de 3 000 personnes, l’Observatoire Santé et Qualité de Vie Urbaine aboutira à un Label « Cité Heureuse ». Rencontre.

Barbara Attia, psychologue urbaine
Barbara Attia, psychologue urbaine, a créé un Observatoire Santé et Qualité de Vie Urbaine, qui aboutira à un label Cité Heureuse.

Fondatrice d’Hurba, premier cabinet de psychologie urbaine français en 2016, Barbara Attia a aussi souhaité développer un outil novateur, l’Observatoire Santé et Qualité de Vie Urbaine. Testé début 2022 sur un échantillon de plus de 3 000 personnes, l’Observatoire Santé et Qualité de Vie Urbaine aboutira à un Label « Cité Heureuse ». Rencontre.

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- Qu’est-ce que la psychologie urbaine pour les non-initiés ? En quoi cela consiste comme activité ?

 

« La psychologie au sens large, c’est une science qui va chercher à comprendre l'homme dans son développement et sa finalité, d'améliorer les relations des individus avec leur environnement, quel qu'il soit. Et j'ai voulu juste poser la question de l'environnement urbain. L'idée, c'était de se dire pourquoi, alors qu’on sait que les irritants du quotidien ne viennent pas que de notre travail, que de notre vie familiale et personnelle, qu’il y a aussi des irritants au quotidien dans son environnement urbain, pourquoi est-ce que la psychologie n'aurait pas sa place pour essayer de comprendre ce qui favorise le bien-être ? Quels sont les facteurs qui viennent impacter le stress urbain ? A l’inverse, qu'est ce qui va être impactant positivement et source de bien vivre pour les habitants ? Et donc, grâce à la psychologie urbaine, de venir essayer de trouver des solutions ou en tout cas d'accompagner les populations à ce qu'elles s'expriment, à ce qu'elles soient entendues, à ce que leur avis compte. Autre objectif également, éventuellement derrière cela, faire bouger les programmes immobiliers des promoteurs et les élus. Il y a déjà des sociologues ou des géographes qui travaillent souvent auprès des architectes et urbanistes ; mais il n'y avait pas encore la psychologie. » 

 

- D’où la création de cet Observatoire Santé et Qualité de Vie Urbaine. Qu’est-ce que c’est ?

 

« L’Observatoire a été créé pour que les municipalités puissent analyser le ressenti de leur population à un instant T mais surtout dans le temps d'une année sur l'autre, après avoir mis en place leur politique urbaine, d’un quartier à l'autre ou d'un profil de sous-population à l'autre. L’Observatoire permet d'avoir des données sur qu'est ce qui est facteur de qualité de vie dans la population ? Qu'est-ce qui est à l'inverse un facteur de risques et les points de vigilance qu’un élu doit avoir pour sa ville ?

Et puis quels sont les leviers qu’il va falloir actionner, c’est-à-dire des facteurs que peu de personnes ont soulevé, mais qui ont un fort impact sur leur qualité de vie en ville. Il s’agit de niches, de points de vigilance sur lesquels on va pouvoir travailler, par exemple au bruit, au sentiment d'être oppressé, aux risques sécuritaires…
L’observatoire permet de donner des pistes avant tout aux élus ; mais aussi aux promoteurs, de manière à ce qu'ils viennent dessiner un projet qui va aussi dans le bon sens en ayant connaissance de ce qui est important pour les habitants de ce quartier précisément, qui ne seront pas les mêmes que pour un quartier à côté. »

 

- Justement, est-ce qu'il y a tout de même des points qui se retrouvent dans chaque quartier ou ville que vous avez passé au crible ?

 

« Sur 3 500 répondants à 98 questions spécifiques dans 58 départements, nous avons en effet pu lister des facteurs de qualité de vie à l'échelle nationale, toutes populations confondues. Au niveau national, on a effectivement des facteurs de protection, ce qui ressort très fortement, c'est le sentiment d'être intégré dans son quartier, c'est la notion de réputation de son quartier et c'est tout ce qui est le sentiment de pouvoir compter sur l'autre. Ça, c'est ce qui ressort en très grande priorité. Ce qui est vraiment facteur de protection et de bien-être, c'est dès lors qu'ils ont le sentiment d'appartenir à un collectif. On se dit un petit bonjour de la tête, ce sentiment d'être connu et reconnu pour qui on est et d'être dans un quartier qui nous ressemble. Et ça, ça vient largement devant des facteurs qui peuvent être des facteurs d'attractivité. »

 

- C’est surprenant tout de même comme premier facteur de bien-vivre, non ?

 

« Quand on étudie la qualité de vie au niveau mondial, dans les pays qui vont le mieux, comme la Finlande, la Suisse... on retrouve ces facteurs-là, c'est par exemple le fait de pouvoir compter sur l’autre et c'est le fait d'avoir le sentiment que son avis compte. Donc, c'est le fait d'être interrogé sur des sujets, d'avoir voix au chapitre, pour certains autres pays même d’être dans le référendum permanent. C'est un facteur très puissant. 

Barbara Attia, psychologie urbaine
Psychologie Urbaine, Barbara Attia, éditions Télémaque.
Je le confirme quand j'ai la chance de mettre les gens autour de la table, quand je fais des entretiens collectifs ou quand j'anime des réunions, cela crée quelque chose. Les gens se parlent lors d’une soirée et ils commencent du coup à se reconnaître ensuite dans la rue, il y a même des associations de quartier, qui sont créées par la suite. »

 

- Comment en arriver à ce Label Cité Heureuse ? 

 

« Le label sera desservi dans un second temps aux élus qui ont accepté de faire passer l'observatoire dans leur ville. L’idée est d’abord d'avoir un outil, qui est validé de manière scientifique, pour mesurer de manière fiable la perception des habitants sur leur environnement. On demande aux élus d'accepter d'ajouter à leur vision qui est la leur, la vision des habitants, de leurs administrés sur leur cadre de vie et d'accepter de lire et prendre en compte leurs réponses. 
L'élu va pouvoir s’interroger, peut-être de prioriser un projet par rapport à un autre avec les ressentis de sa population. Et donc le label sera attribué aux élus qui ont joué le jeu et qui ont mis en place des plans d'action pour répondre aux facteurs qui seront apparus dans l’Observatoire. »

 

- Comment cela peut être fiable quand on sait que la qualité et le confort d’un logement, d’un quartier, d’une ville est très aléatoire d’une personne à l’autre ?

 

« C’est par le nombre. Ce n'est qu’à partir du moment où nous avons un large panel le plus représentatif possible de la population française. Ensuite, il est possible de faire des focus par profil de population, par exemple, les personnes qui vivent seules, qui sont locataires d’un appartement, les personnes qui sont actives, les familles avec enfants... Cela permet de beaucoup mieux interpréter les résultats par sous population. Et après, l'élu connaît par sa population ce qu'il a envie d'aller creuser, par sous quartier car chaque quartier a ses dominantes. »

 

- Qu'est-ce qui vous a surpris dans certains points de ce premier jet de votre étude ?

 

« Moi, j'aurais pensé que les items qui sont liés à l'attractivité, au cadre de vie, donc au paysage, à la culture, au patrimoine, à la situation géographique d'une ville, seraient mieux placés. Quand on demande aux gens en quoi leur ville est attractive : c’est avant tout sa situation géographique qui est cité et cela fait le lien avec la possibilité de très vite se déplacer, de pouvoir aller facilement travailler, peut-être d'avoir plus d'opportunités de travail, être proche des gares, des transports en commun… Ça fait d’ailleurs écho aux réactions des gens lors de la hausse des prix du carburant ou des protestations des gilets jaunes par exemple. »


- En quoi les résultats de votre observatoire peuvent être utile pour des porteurs de projet, type promoteurs immobiliers ?

 

« Quand on touche à un quartier, quand on réhabilite, on va toucher à l'attachement. Les populations qui nous parlent, elles sont toujours attachées à leur quartier, même si ce sont des quartiers prioritaires, même si on détruit une ancienne usine. La symbolique pour les gens est de réinscrire un peu d'histoire et de pédagogie culturelle dans ce que l’on va reconstruire. On voit de manière assez claire que l'attachement au lieu et au quartier peut vite être brisé si on métamorphose complètement le site. A l'inverse, si le promoteur prend soin d'être vigilant sur quelques éléments culturels et du patrimoine, s’il prend soin de redonner un peu de sens, de pédagogie, voire d'histoire au lieu alors c’est très promoteur de bien-être. 
Pour ce qui est facteur de mal être, il y a ce qui impacte le stress. On en a beaucoup la gêne, le bruit, tout ce qui est de l'ordre de la pollution, l'impression qu'on construit trop, c'est vraiment le risque aujourd'hui qui est perçu au numéro un par les populations tous items confondus. C'est le facteur de risque numéro un. 
Derrière cela, nous avons la question de la densité de population. Dans l’haussmannien par exemple, il est possible mettre une forte densité de population en étant beaucoup moins perçue que pour des immeubles très hauts. L'idée sera pour les architectes et les urbanistes d’être en vigilance pour savoir comment donner aux gens le sentiment d'être moins oppressés ? Comment faire illusion d’une ville moins dense ? Comment voir le ciel depuis les fenêtres ? C'est très fort pour un habitant dès lors qu'il est coupé dans sa vue. Et il y a ce sentiment d'oppression qu'il y a derrière. Les habitants nous parlent assez peu de densité propre. Ce n'est pas tant le chiffre de logements que l’on va construire 50 ou 100 mais c'est de quelle manière cela va être vécu. C'est là qu'il va falloir innover. Donc, d'un quartier à l'autre, il faut toujours se renseigner sur ce que pense la population. Et en les mettant autour d'une table, on favorise le lien social. Donc en plus de ça, la boucle est bouclée. »

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