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Franck Petit, Procivis : « L'accession sociale s'adresse à quasiment tout le monde »
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Directeur de la maîtrise d'ouvrage du réseau Procivis, Franck Petit dresse un bilan positif pour Procivis en 2025. Entre maintien des ventes, dynamisme du PTZ et nouvelles formes d’accession, le réseau prépare déjà 2026 avec des solutions innovantes et inclusives pour loger toujours plus de ménages.
Franck Petit, directeur de l’habitat neuf de Procivis, présente le bilan résilient de 2025 et les perspectives 2026 du réseau immobilier.
Directeur de la maîtrise d'ouvrage du réseau Procivis, Franck Petit dresse un bilan positif pour Procivis en 2025. Entre maintien des ventes, dynamisme du PTZ et nouvelles formes d’accession, le réseau prépare déjà 2026 avec des solutions innovantes et inclusives pour loger toujours plus de ménages.
- Comment s'est porté le réseau Procivis en 2025 ?
Franck Petit : « Paradoxalement, ça va plutôt pas mal. Nous sommes un réseau historiquement contre-cyclique, parce que nous avons toujours été peu dépendants des dispositifs fiscaux. Nous n'avons jamais fait beaucoup de ventes en Pinel. Quand certains confrères réalisaient 50 % de leur activité, voire plus, en Pinel, nous étions plutôt entre 25 et 35 %.
Résultat : en 2025, nous serons à peu près au même niveau de commercialisation qu'en 2024. Environ 70 % de notre volume d'activité commerciale repose sur l'accession sociale, sous toutes ses formes. Dans le détail, on aura autour de 40 % de ventes en bloc social, 20 % en PSLA et 10 % en BRS pour la partie promotion.
Les 30 % restants concernent essentiellement la résidence principale classique. Ce segment a beaucoup baissé, mais il a été largement compensé par l'ensemble des dispositifs sociaux que nous exploitons pleinement. »
- Le prêt à taux zéro universel a-t-il joué un rôle en 2025 ?
« Clairement oui. Le prêt à taux zéro universel, remis en place au 1er avril 2025, nous a permis de relancer énormément de sujets, aussi bien en maison individuelle que sur les opérations en PSLA.
On observe d'ailleurs une très bonne année sur le terrain à bâtir, avec des mois de septembre et octobre particulièrement dynamiques. Cela peut laisser présager, pas seulement pour Procivis mais pour l'ensemble de la profession de constructeurs de maisons, la sortie de nouveaux projets de construction individuelle d'ici la fin de l'année. Quand les ménages achètent des terrains en septembre-octobre, c'est qu'ils ont des permis qui vont être délivrés rapidement. »
- Et sur la maison individuelle justement, comment évoluent les ventes ?
« Comme nos confrères, nous enregistrons un regain de + 28 % par rapport à l'an dernier, clairement boosté par le PTZ. Nous avons constaté un petit trou d'air en septembre, mais les indicateurs avancés, notamment les ventes de terrains, nous laissent penser que la dynamique va se poursuivre. En revanche, sur la promotion immobilière, nous restons globalement étales. »
- Vous observez aussi de nouveaux profils d'acquéreurs, notamment en PSLA ?
« Oui, et c'est assez marquant. Aujourd'hui, des seniors achètent beaucoup en PSLA, alors qu'historiquement c'était surtout un produit destiné aux jeunes ménages. Le fait qu'ils arrivent à la retraite depuis un ou deux ans, avec une assiette fiscale qui baisse après cette période, les rend éligibles au PSLA.
Le mécanisme de location-accession leur permet aussi de prendre le temps de revendre leur maison historique.
Concrètement, ils vendent une maison à 300 000 ou 400 000 euros, rachètent une maison plus petite, souvent en périurbain avec un jardin, autour de 220 000 à 280 000 euros selon les régions. Il leur reste alors 50 000, 100 000 voire 200 000 euros, qu'ils peuvent transmettre à leurs enfants, faire des donations... C'est un mécanisme que l'on voit clairement s'enclencher. »
- Existe-t-il de fortes disparités territoriales au sein du réseau ?
« Oui, mais tout dépend du produit et du montage adapté au territoire. Le BRS, Bail Réel Solidaire, fonctionne très bien dans les zones très tendues, là où le foncier est cher. Là où il ne faut pas se tromper, c'est d'en faire dans des zones moins tendues, simplement parce que les maires en voudraient partout.
On retrouve ensuite des difficultés bien connues : l'Ile-de-France, très concurrentielle, avec peu de foncier ; des territoires où certains maires ont arrêté de délivrer des permis de construire. Des zones comme Lyon-Grenoble sont particulièrement compliquées.
A l'inverse, nous observons une vraie dynamique en Bretagne, avec des contraintes locales, notamment sur le littoral devenu extrêmement cher et presque un produit de luxe. En reculant dans les terres, l'accessibilité reste réelle et on y réalise de belles opérations.
Toute la façade ouest, et notamment la Vendée, reste également porteuse pour la maison individuelle, en diffus comme en groupé. Cette partie du territoire se maintient plutôt bien. »
- L'accession sociale est donc un pilier central dans votre réseau. A qui s'adresse-t-elle réellement ?
« Elle s'adresse à quasiment tout le monde. Environ 73 % de la population peut potentiellement entrer dans ces dispositifs. Les critères de revenus varient selon les zones et la composition familiale, mais ils sont cohérents avec les niveaux de salaire locaux.
Avec le PSLA, le BRS ou la TVA réduite, on combine aujourd'hui le prêt à taux zéro, des prêts bonifiés des banques, l'aide d'Action Logement et, dans le réseau Procivis, nos propres prêts bonifiés liés à notre mission sociale.
Résultat : lorsqu'un ménage souscrit un crédit à 3,1 % ou 3,2 % et qu'on y ajoute l'ensemble de ces dispositifs, on arrive à un taux global autour de 2 %. Il ne faut donc pas s'arrêter au taux nominal affiché. On gagne ainsi presque un tiers de capacité d'endettement. »
- Quelles sont vos perspectives pour 2026, notamment sur le statut du bailleur privé ?
« Même si nous étions moins concernés par des dispositifs type Pinel, le futur statut du bailleur privé qui doit le remplacer nous concerne directement. Il ne s'agit pas d'une simple niche fiscale, mais d'un dispositif pensé pour être pérenne. Nous avions du mal à comprendre des projets avec des taux de rentabilité plafonnés ; nous nous alignons plutôt sur les préconisations du rapport du sénateur Daubresse, autour de 5 %, que nous soutenons. Ce statut permettrait de loger des ménages à loyers maîtrisés tout en proposant une vraie réponse immobilière, et non spéculative, à des investisseurs privés qui possèderaient seulement un ou deux logements.
- Travaillez-vous également sur d'autres formes d'accession ?
« Oui, notamment sur l'accession progressive. C'est complexe à financer et à porter, mais c'est un sujet sur lequel nous avançons. L'idée est d'acheter chez soi progressivement, contrairement au PSLA où l'on passe d'un statut de locataire à celui de propriétaire en une seule fois.
Par ailleurs, pour 2026, la visibilité reste limitée. Les élections municipales vont inévitablement ralentir ou retarder certains projets. Nous croyons beaucoup à la préfabrication et à la construction hors site, pour répondre aux attentes des élus : moins de nuisances, moins de bruit, moins de camions, et des chantiers beaucoup plus rapides. Le groupe Polylogis envisage par exemple 50 % de production hors site à l'horizon 2030.
Chez Procivis-Provence, une opération de logements pour travailleurs saisonniers à Serre Chevalier sera réalisée en construction hors site. En montagne, c'est particulièrement pertinent : on peut intervenir entre les saisons, monter rapidement des modules entre avril et octobre, livrer une première tranche, puis une seconde l'année suivante. Cela permet au gestionnaire de prendre rapidement la main. Les résidences gérées, notamment pour les travailleurs saisonniers, sont un champ d'application évident de ces solutions. »
- Dans ce contexte de crise, comment le réseau Procivis garde-t-il espoir ?
« Quand on est un groupe mutualiste, né en 1908, qu'on a traversé deux guerres mondiales, les crises pétrolières, la crise des subprimes et celles du crédit immobilier, on garde toujours espoir.
C'est vrai que nous sommes aujourd'hui dans une crise structurelle, avec une accumulation de difficultés. Notre approche consiste à répondre point par point, à anticiper, et à partir du principe qu'il y aura sans doute moins d'aides.
Ce que nous demandons à l'État et aux ministères, c'est surtout de nous laisser faire, de simplifier, et surtout de tenir les décisions dans le temps. Peu importe le changement de ministre, l'essentiel est de conserver un cap.
Valérie Létard avait lancé de nombreux chantiers, et son successeur, Vincent Jeanbrun, semble s'inscrire dans cette continuité. C'est ce que nous souhaitons : de la stabilité pour pouvoir penser et agir sur le long terme. »
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